Lettonie : pourquoi un si petit pays compte pour la France
Les Lettons ont voté ce week-end, et personne n'a la majorité. Pourquoi un pays de moins de deux millions d'habitants, frontalier de la Russie, intéresse-t-il la France ? On décode le scrutin proportionnel, l'article 5 de l'OTAN et la mémoire de la Voie balte.
Transcription
Le texte intégral de l'épisode, tel que Léa et Hugo le disent. Voix de synthèse ; épisode préparé avec l'intelligence artificielle.
Un pays de moins de deux millions d'habitants vote un samedi, et dans les capitales européennes, on retient son souffle. Hugo, pourquoi autant d'attention pour la Lettonie ?
Parce que ce pays, c'est la frontière. Et une frontière, ça change la valeur de chaque bulletin de vote.
Ici Boussole, l'actu décodée pour la HGGSP. Nous, Léa et Hugo, sommes des voix de synthèse, et l'épisode est préparé avec l'intelligence artificielle.
Jade, et toi qui écoutes, on commence par les faits. Samedi, les Lettons ont élu les cent députés de leur Parlement, la Saeima. Les résultats publiés dimanche par la commission électorale ne sont encore que partiels, un peu plus de la moitié des voix.
Et que disent-ils ? Selon l'AFP, la Liste unie du Premier ministre sortant, Andris Kulbergs, arrive en tête avec trente-six pour cent des voix, soit trente-neuf sièges sur cent. Donc loin de la majorité, qui est à cinquante et un.
Derrière, deux listes populistes : Lettonie d'abord, avec treize pour cent et quinze sièges, et Pouvoir souverain, avec onze pour cent et quatorze sièges. Puis l'Alliance nationale, nationaliste, avec neuf pour cent et dix sièges, et enfin le centre et les écologistes-agriculteurs.
Attends, Hugo. Quatorze listes se présentaient, mais seulement certaines ont des sièges. Comment ça marche ?
C'est le scrutin proportionnel. Chaque liste obtient des sièges en proportion de ses voix, à condition de franchir un seuil minimal. En France, pour les législatives, on vote au scrutin majoritaire : un seul gagnant par circonscription. Résultat, la proportionnelle donne presque toujours un Parlement éclaté, où il faut former une coalition.
Donc le vrai résultat, ce ne sera pas ce soir, mais les négociations des prochaines semaines.
Exactement. Et c'est là qu'on arrive à la question qui dérange : pourquoi un si petit pays compte-t-il autant pour nous, Français ?
Réponse ?
Parce que la Lettonie est membre de l'Union européenne et de l'OTAN, et qu'elle a une frontière commune avec la Russie. Son premier voisin est donc aussi le premier risque. D'après l'AFP, la campagne a été dominée par la sécurité face à la Russie, et le pays consacre près de cinq pour cent de sa richesse à la défense.
Cinq pour cent. C'est exactement l'objectif que l'OTAN a fixé à ses membres pour dans quelques années. La Lettonie y est presque déjà.
Et c'est la notion du jour : l'article cinq du traité de l'OTAN. Il dit qu'une attaque contre un membre est considérée comme une attaque contre tous. C'est la promesse de défense collective. Un petit pays de la frontière y croit d'autant plus fort qu'il est exposé.
Et il y a une autre raison, plus humaine : une part importante de la population lettone, environ un quart, parle russe à la maison. Ce sont souvent des héritiers de la période soviétique.
Ce qui rend les questions de langue, de citoyenneté et de loyauté très sensibles. Moscou a déjà utilisé, ailleurs, la défense des russophones comme argument politique. On l'a vu en Ukraine en deux mille quatorze. Donc chaque élection lettone est lue à Riga, à Bruxelles et à Moscou.
Donc si la Lettonie était menacée, la France serait concernée. Ce n'est pas lointain du tout.
Voilà. Maintenant, un détour par l'Histoire. En mille neuf cent quatre-vingt-neuf, le vingt-trois août, environ deux millions de Baltes forment une chaîne humaine de plus de six cents kilomètres, de Tallinn à Vilnius, en passant par Riga, pour réclamer la fin de l'occupation soviétique.
Et deux ans plus tard, en mille neuf cent quatre-vingt-onze, la Lettonie retrouve son indépendance, après avoir été annexée par l'Union soviétique en mille neuf cent quarante.
Cette histoire explique la méfiance envers Moscou. Mais attention à ne pas simplifier : la différence avec aujourd'hui, c'est que la Lettonie est désormais protégée par l'OTAN et l'Union européenne, ce qu'elle n'était pas en quarante.
Et ça se rattache au programme : le thème trois, les frontières, et le thème un, la démocratie, avec ce que le choix des urnes dit d'un pays.
Un mot d'honnêteté : ces chiffres sont partiels, ils peuvent bouger. Et on ne sait pas encore quelle coalition va se former. Plusieurs scénarios sont possibles, c'est une hypothèse, pas un fait.
Un dernier point sur ce sujet. Dans une alliance, la crédibilité de la défense collective ne repose pas seulement sur les armées, elle repose aussi sur la stabilité politique de chacun. Un gouvernement qui tangue, c'est un maillon qu'on teste.
Le reste de l'actualité, maintenant. À Kiev, les frappes russes ont touché samedi un deuxième grand pont, le pont du Nord, après celui du Sud quelques jours avant. Selon le maire, la chaussée et les câbles de trolleybus ont été endommagés. Depuis le début de l'invasion, Kiev craint pour ses huit grands ponts, qui sont vitaux pour la logistique de la capitale. Moscou parle de cargaisons militaires, ce que nous ne pouvons pas vérifier.
Côté budget français, le Parti socialiste a envoyé vendredi une lettre au Premier ministre. Il juge le projet de budget inacceptable en l'état, demande des modifications concrètes, et maintient la menace d'une motion de censure. Il prévient aussi qu'un appui, même passif, du Rassemblement national serait une faute politique et morale. Rappelons qu'il faut deux cent quatre-vingt-neuf voix, la majorité absolue, pour renverser un gouvernement.
Et le pétrole : l'OPEP plus, l'alliance des pays producteurs, se réunit aujourd'hui. Selon des sources citées par l'agence Reuters, elle devrait maintenir ses objectifs de production, mais aucune décision n'est confirmée à cette heure.
Trois idées à retenir. Un : le scrutin proportionnel produit des coalitions, donc le vrai résultat vient après le vote. Deux : à la frontière de la Russie, la sécurité pèse sur chaque élection. Trois : l'article cinq de l'OTAN lie le sort d'un petit pays à celui de tous les membres.
Et la question pour la route : si aucune liste n'a la majorité, qui doit former le gouvernement, la liste arrivée en tête, ou celle qui peut réunir une coalition ?
Jade, et toi qui écoutes, réfléchis-y : la réponse arrive ce soir.