Lycéens mobilisés : 1968, 1986, 1990… que dit l'Histoire ?
Depuis la fin septembre, des lycéens bloquent leurs établissements et manifestent. Que demandent-ils, comment l'État répond-il, et que nous apprennent les mouvements de 1968, 1986, 1990, 1994, 2006 et 2018 ? Un épisode pour comprendre pourquoi réclamer des moyens est plus long que faire retirer une loi.
Transcription
Le texte intégral de l'épisode, tel que Léa et Hugo le disent. Voix de synthèse ; épisode préparé avec l'intelligence artificielle.
Hugo, une question. Quand on demande au gouvernement des professeurs en plus et des classes moins chargées, c'est plus simple ou plus compliqué que de demander le retrait d'une loi ?
Plus compliqué, et de loin. C'est tout le paradoxe de la mobilisation lycéenne de ces dernières semaines. On y vient.
Ici Boussole, l'actu décodée pour la HGGSP. Nous, Léa et Hugo, sommes des voix de synthèse, et l'épisode est préparé avec l'intelligence artificielle.
Aujourd'hui, un épisode un peu spécial, parce que le sujet concerne directement beaucoup de ceux qui nous écoutent : le mouvement lycéen.
Rappelons les faits. Depuis la fin septembre, des élèves bloquent leur lycée, en Île-de-France d'abord, puis partout en France. Le vingt-neuf septembre, le ministère de l'Éducation comptait trois cent trente-huit établissements perturbés. Le journal Le Monde, lui, en comptait près de quatre cent dix. Deux comptes, deux méthodes : on y reviendra.
Le mardi six octobre, grande manifestation nationale. Deux cent cinquante-six mille manifestants selon le ministère de l'Intérieur, quatre cent cinquante mille selon les organisateurs. Même défilé, presque du simple au double.
Et que demandent-ils ?
Des choses très concrètes. Des classes moins chargées, des professeurs absents remplacés, des bâtiments en meilleur état, des emplois du temps moins lourds. Beaucoup dénoncent aussi la pression de Parcoursup, la plateforme qui sert à candidater aux études supérieures.
Et le gouvernement répond quoi ?
Deux choses à la fois. D'un côté, il condamne les violences : des lycées incendiés ou saccagés, vingt-quatre selon le ministre de l'Éducation, des policiers et des élèves blessés. Plusieurs lycéens ont été gravement blessés, des enquêtes sont ouvertes, et des associations de défense des droits dénoncent un usage disproportionné de la force. Le ministre de l'Intérieur, lui, défend sa doctrine de maintien de l'ordre. De l'autre côté, le Premier ministre a lancé cinq chantiers : les conditions d'enseignement, le temps scolaire, les bâtiments, Parcoursup et la démocratie lycéenne. Une consultation est ouverte, des décisions sont promises avant la fin octobre.
Et le gouvernement accuse aussi certains partis, comme La France insoumise, d'instrumentaliser la colère des élèves.
Oui, et ceux-ci répondent que le mouvement est celui des lycéens eux-mêmes. Nous, on ne tranche pas : on constate que le désaccord existe, et qu'il fait partie du débat.
Revenons à ta réponse du début. Pourquoi demander des professeurs, c'est plus dur que demander le retrait d'une loi ?
Parce que retirer une loi, ça tient en une signature. Recruter des professeurs, rénover des bâtiments, ça coûte de l'argent, et ça prend des années. Et ça tombe au moment où le budget de l'État pour deux mille vingt-sept cherche cinquante-quatre milliards d'euros d'efforts. C'est notre analyse, pas un fait : mais elle explique pourquoi les promesses se font attendre.
Donc une revendication qui paraît simple devient une bataille de budget. Et ça, c'est du Thème un du programme : comment une société exprime ses demandes, et comment un État démocratique y répond, par le dialogue, par la loi, par la police.
Faisons un détour par l'histoire. Les lycéens et les étudiants ont déjà fait plier des gouvernements. En décembre mille neuf cent quatre-vingt-six, la loi Devaquet, qui voulait sélectionner à l'entrée de l'université, est retirée après des semaines de manifestations. Un étudiant, Malik Oussekine, meurt après une charge de police, et le gouvernement recule.
En mille neuf cent quatre-vingt-dix, ce sont les lycéens eux-mêmes qui descendent dans la rue. Ils réclament plus de moyens, plus de sécurité, des bâtiments décents. Le ministre de l'Éducation de l'époque, Lionel Jospin, annonce un plan d'urgence de plusieurs milliards de francs.
En mille neuf cent quatre-vingt-quatorze, le contrat d'insertion professionnelle, qu'on appelait le « SMIC jeunes », est abandonné. En deux mille six, c'est le contrat première embauche, voté puis retiré. Et en deux mille dix-huit, des blocus contre Parcoursup, qui n'ont pas obtenu l'abandon de la réforme.
Tu vois un point commun ?
Un schéma, plutôt. Quand le mouvement vise un texte précis, il peut gagner vite. Quand il réclame des moyens, il obtient plutôt des plans, comme en quatre-vingt-dix. Celui de deux mille vingt-six ressemble plus à ce second cas.
Et mai soixante-huit ? Parce que certains jeunes disent aujourd'hui qu'ils vont refaire soixante-huit.
Justement, regardons les différences. En soixante-huit, il y a une contestation culturelle et politique très large, des étudiants, mais surtout une grève générale avec plusieurs millions de grévistes, des accords de Grenelle avec une hausse du salaire minimum, et à la fin des élections législatives. Aujourd'hui, les revendications sont surtout matérielles : des profs, des classes, des bâtiments. Les syndicats d'enseignants soutiennent, mais on n'est pas dans une grève générale du pays.
Donc ce n'est pas soixante-huit ?
Personne ne peut le dire à l'avance, c'est le recul de l'histoire qui tranche. Ce qu'on peut dire, c'est que les points de comparaison existent, et que les historiens se méfient des parallèles trop rapides.
Et c'est un bon réflexe pour l'esprit critique, Thème quatre. Deux chiffres pour une même manifestation, comme tout à l'heure, ça nous rappelle une règle : toujours demander qui compte, et comment.
Allez, trois idées à retenir. Un : une mobilisation lycéenne est un moyen pour la jeunesse de se faire entendre, et l'État doit y répondre à la fois par le dialogue et par l'ordre public. Deux : retirer un texte est rapide, financer des moyens prend du temps. Trois : comparer avec le passé aide, à condition de regarder aussi les différences.
Un mot rapide des autres dossiers, parce qu'ils continuent. À Kiev, le bilan de la nuit de mardi à mercredi reste provisoire, et rien de nouveau n'est confirmé sur la rencontre à trois proposée entre les États-Unis, la Russie et l'Ukraine d'ici la fin octobre.
Le pétrole, lui, tourne autour de cent un dollars le baril, avec des tankers visés dans le Golfe. Et le budget de l'État revient au Parlement : débats à partir du douze octobre, premier vote solennel le vingt.
Jade, et toi qui écoutes, une dernière question. Sur les cinq chantiers du gouvernement, lequel te semble le plus facile à tenir avant la fin octobre, et lequel le plus difficile ? Réfléchis-y : on y revient ce soir.