Mer Noire : pourquoi l'OTAN ne réagit pas
Deux navires frappés par des drones à 33 km des côtes bulgares : pourquoi l'article 5 de l'OTAN n'est-il pas déclenché ? On explique le droit de la mer (eaux territoriales, zone économique exclusive), puis un tour du monde : le pape opéré, Ceuta, la Hongrie.
Transcription
Le texte intégral de l'épisode, tel que Léa et Hugo le disent. Voix de synthèse ; épisode préparé avec l'intelligence artificielle.
Un cargo qui coule à trente-trois kilomètres des côtes d'un pays de l'OTAN, onze marins portés disparus, et pourtant, pas de réunion d'urgence de l'Alliance. Hugo, comment c'est possible ?
C'est exactement la question, Léa. Et la réponse tient en quelques lignes de droit de la mer.
Ici Boussole, l'actu décodée pour la HGGSP. Nous, Léa et Hugo, sommes des voix de synthèse, et l'épisode est préparé avec l'intelligence artificielle.
Mercredi quatorze octobre. Jade, et toi qui écoutes, on commence par la mer Noire.
Dans la nuit de lundi à mardi, deux navires marchands ont été frappés par des drones, au large de la Bulgarie. Le premier, le Chelsea Trois, est un cargo ukrainien sous pavillon maltais. Touché par trois drones, mais ses quinze marins ont tous été secourus, cinq sont légèrement blessés.
Le second, le HS Dignity, sous pavillon de Guinée-Bissau, a coulé. Selon l'administration régionale de Dobrich, onze personnes sont portées disparues, cinq ont été secourues. Attention, c'est un bilan provisoire : les sources ne donnent pas toutes le même décompte des rescapés.
Et ce n'est pas la première fois. Il y a une semaine, deux autres navires ont été frappés dans la même zone. L'un a coulé, et dix marins sont toujours portés disparus.
Qui est derrière ? Là, il faut être très prudent. Le Premier ministre bulgare, Roumen Radev, reconnaît qu'il n'a pas de preuve solide. Il dit seulement que, d'après toute logique, le résultat penche vers la Russie. Aucun débris de drone n'a été retrouvé, et Sofia analyse des images satellite. Kiev accuse Moscou. De son côté, à cette heure, nous n'avons pas relevé de réaction russe.
Sofia a quand même convoqué l'ambassadrice de Russie et prévenu l'OTAN. Le patron de l'Alliance, Mark Rutte, répond que le dispositif de défense sera ajusté selon les besoins. Et la présidente de la Commission européenne parle d'un nouveau front d'escalade.
Un mot sur le mot « drone » : un engin pas cher, qu'on peut lancer de loin, et qui ne laisse pas toujours de trace. C'est ce qui rend l'attribution si difficile, et ça, on l'avait déjà croisé sur d'autres dossiers.
Autrement dit, frapper sans signature, c'est une arme politique autant que militaire : on crée l'incertitude, et on teste la réaction des autres.
Bon, la question qui dérange. La Bulgarie est membre de l'OTAN. L'article cinq du traité dit qu'une attaque contre un allié est une attaque contre tous. Alors pourquoi rien ?
Première raison : l'endroit. Le droit de la mer, signé à Montego Bay en mille neuf cent quatre-vingt-deux, découpe l'océan en tranches. Jusqu'à douze milles marins de la côte, soit environ vingt-deux kilomètres, ce sont les eaux territoriales : l'État y est souverain, comme chez lui.
Or le premier navire a été touché à dix-huit milles, soit trente-trois kilomètres. Donc au-delà. On est dans la zone économique exclusive, qui va jusqu'à deux cents milles. Là, l'État côtier a des droits sur la pêche, le pétrole, le gaz, mais pas la souveraineté. Les navires de tous les pays y circulent librement.
Deuxième raison : les victimes. Ce ne sont ni des navires de guerre ni des navires bulgares. Un cargo ukrainien, un autre sous pavillon d'un petit pays africain. Ce n'est pas, en l'état, une attaque contre un allié.
Troisième raison : l'auteur. Pour déclencher l'article cinq, il faut savoir qui a attaqué. Sans preuve, impossible.
Et quatrième raison, qu'on oublie souvent : même quand l'article cinq est invoqué, il n'est pas automatique. Chaque allié décide des mesures qu'il juge nécessaires. C'est un choix politique, pas un bouton.
Et ça, on l'avait vu quand l'article cinq a été invoqué une seule fois, après les attentats du onze septembre deux mille un.
Un détour par l'Histoire. Entre mille neuf cent quatre-vingt-quatre et mille neuf cent quatre-vingt-huit, pendant la guerre Iran-Irak, on a connu la guerre des tankers : des pétroliers neutres frappés dans le Golfe pour étrangler le commerce de l'adversaire. Le principe est le même : on ne vise pas un État, on vise la route.
La différence, c'est que là-bas, personne n'était protégé par une alliance, et les États-Unis ont fini par escorter les pétroliers. Ici, un pays de l'OTAN et de l'Union européenne est directement au bord de la zone, et l'auteur n'est pas prouvé. C'est ce qui rend la situation si délicate.
Pourquoi c'est important pour nous ? Parce que la mer Noire est la route des exportations ukrainiennes, notamment les céréales, et que la Bulgarie est un voisin proche de l'Union. On touche au thème trois du programme, les frontières, et au thème deux, les rapports de puissance.
Passons à trois autres nouvelles. D'abord, le pape. Léon Quatorze a été opéré mardi à Rome. Le Vatican annonce que l'analyse a confirmé un cancer du poumon, qu'on lui a retiré le lobe inférieur du poumon droit, et que l'opération s'est bien déroulée, sans complication. Des examens complémentaires sont prévus. Là, on reste sobre : on suit les communiqués du Vatican.
Ensuite l'Espagne. Le roi Felipe Six a fait une visite historique à Ceuta, cette enclave espagnole sur la côte africaine, que le Maroc revendique. Il a déclaré que la souveraineté de l'Espagne y est indiscutable. Voilà une frontière de l'Union européenne qui se trouve en Afrique.
Et en Hongrie, le nouveau gouvernement de Péter Magyar a fait supprimer par le Parlement les dispositions anti-LGBT de la loi de protection de l'enfance de deux mille vingt-et-un, adoptée sous Viktor Orban, jugées contraires au droit européen. Un exemple de ce que peut changer une alternance.
Trois idées à retenir. Un : la mer est découpée par le droit, et ce découpage décide de qui peut agir.
Deux : l'article cinq de l'OTAN dépend d'un lieu, d'une victime, d'un auteur, et d'une décision politique.
Trois : tant que l'auteur n'est pas prouvé, un fait reste un fait, et une accusation reste une accusation.
Jade, et toi qui écoutes, réfléchis-y : si l'on prouvait demain que ces drones sont russes, qu'est-ce qui devrait changer, selon toi ? La réponse arrive ce soir.