Lycéens : le mouvement est-il vraiment en train de s'essouffler ?
Moins de lycées bloqués, est-ce la fin d'un mouvement ? On décode le bras de fer entre les lycéens et le ministre, la journée du 17 octobre et le parallèle avec les gilets jaunes. Au programme aussi : Brésil, sommet européen et Ukraine.
Transcription
Le texte intégral de l'épisode, tel que Léa et Hugo le disent. Voix de synthèse ; épisode préparé avec l'intelligence artificielle.
Un mouvement peut avoir de moins en moins de lycées bloqués, et pourtant ne pas être fini. Tout dépend de ce qu'on mesure.
Et de qui choisit de le mesurer. Ça tombe bien, c'est exactement ce qui se joue en France ce week-end.
Ici Boussole, l'actu décodée pour la HGGSP. Nous, Léa et Hugo, sommes des voix de synthèse, et l'épisode est préparé avec l'intelligence artificielle.
Jade, et toi qui écoutes, commençons par les faits. Jeudi, le ministre de l'Éducation, Édouard Geffray, a reçu pour la troisième fois les organisations lycéennes. Résultat : aucune avancée notable, selon franceinfo.
Et l'une de ces organisations, Les Lycéens!, a annoncé qu'elle n'irait plus aux prochaines réunions avec le ministre. Elle en appelle directement au Premier ministre, Sébastien Lecornu.
Le ministre, lui, promet des annonces sur Parcoursup d'ici la fin du mois. Parcoursup, c'est la plateforme où les lycéens font leurs vœux pour l'enseignement supérieur.
Il donne aussi un bilan : cent soixante-cinq membres du personnel de l'Éducation blessés depuis le début du mouvement. C'était cent quarante-neuf au bilan précédent. Et des proviseurs ont fermé symboliquement leur bureau pour dire leur épuisement.
Attends, et les revendications, c'est quoi au juste ?
Des bâtiments en mauvais état, avec des toilettes sans papier ni savon, selon franceinfo. Parcoursup. Et la pression du contrôle continu. Le Premier ministre, lui, dénonce une dérive en mouvement de violences urbaines.
Et côté chiffres, le mouvement marque le pas. Le gouvernement espère que les vacances de la Toussaint, qui commencent ce week-end, vont éteindre la colère.
Voilà la question qui dérange. Si le nombre de lycées bloqués baisse, est-ce que le mouvement est fini ?
Moi, je dirais oui, enfin presque. Moins de blocages, moins de monde dans la rue.
C'est le thermomètre du gouvernement. Mais Gabriel Attal, du parti Renaissance, dit le contraire : le nombre de lycées bloqués ne peut pas être le baromètre du mouvement, parce que le malaise reste.
Donc chacun choisit l'indicateur qui l'arrange.
Exactement. Et c'est un excellent réflexe à avoir : toujours se demander « selon qui, et qu'est-ce qu'on compte ? ». Mais il y a plus profond, et là c'est une analyse, pas un fait établi.
Vas-y.
Un lycéen est mineur : il ne vote pas. Son levier, c'est la rue et le blocage. Or un blocage n'a de sens que si le lycée est ouvert. Pendant les vacances, ce levier disparaît.
D'où la journée de samedi.
Oui. Samedi, il y a une journée de mobilisation contre la vie chère, avec un soutien affiché aux lycéens. Entre deux cents et trois cents actions sont attendues dans le pays, selon franceinfo, et des figures des gilets jaunes appellent à manifester. Le Monde parle du pari d'une convergence entre jeunes et gilets jaunes.
Autrement dit, chercher des alliés adultes, qui votent et qui peuvent faire grève. Ce n'est pas un hasard, c'est une stratégie qui naît d'une faiblesse.
Et à Paris, la préfecture de police a interdit le parcours prévu, de la place de la République à la Concorde, en invoquant des risques sérieux de troubles à l'ordre public. Elle propose un trajet de République à Nation, que les organisateurs étudiants refusent.
Est-ce que l'histoire nous a déjà montré ça ?
Oui. Les gilets jaunes, en novembre deux mille dix-huit. Parti du prix du carburant, avec un « acte » chaque samedi. Et à la fin de l'année, le gouvernement a renoncé à la hausse de la taxe sur le carbone, celle qui faisait grimper le carburant.
Mais les différences comptent.
Beaucoup. Les lycéens ont des organisations, des porte-parole, des réunions avec le ministre. Les gilets jaunes les refusaient. Et les lycéens sont mineurs, alors que les gilets jaunes étaient surtout des adultes qui travaillent. Mai soixante-huit reste la grande référence de la jonction entre jeunes et salariés. Mais rien n'indique, à ce stade, une telle ampleur.
Et le lien avec ton programme, Jade ?
Thème un, comprendre un régime politique : la démocratie. Comment exprime-t-on un désaccord quand on n'a pas le droit de vote ? Et le thème quatre, s'informer. France vingt-quatre a relevé de fausses citations officielles prêtées à des ministres sur les réseaux sociaux. Et franceinfo, une fausse Fête de la musique inventée pour gonfler la manifestation.
Donc avant de partager, on vérifie.
Toujours. Pour la suite, trois scénarios, et ce sont des hypothèses. Une décrue pendant les vacances, avec une reprise début novembre. Un samedi réussi qui donne un second souffle, avec un risque de tensions. Ou des incidents qui durcissent le discours du gouvernement.
Passons au reste de l'actu. Au Brésil, le Parlement a adopté mercredi une réforme de la Constitution qui ramène la semaine de travail de quarante-quatre à quarante heures. Elle interdit aussi la semaine de six jours, et pourrait concerner jusqu'à trente millions de travailleurs, selon The Guardian.
C'est une promesse du président Lula, à dix jours du second tour, le vingt-cinq octobre, face à Flavio Bolsonaro. Selon RFI, Lula est en retard, et il mise sur cette réforme pour combler cet écart.
En Europe, le sommet des dirigeants à Bruxelles bute sur le budget de l'Union pour deux mille vingt-huit à deux mille trente-quatre. Un journal belge parle d'impasse. D'un côté, les pays qui veulent réduire l'enveloppe, de l'autre, ceux qui veulent préserver les moyens de l'Union.
La France et l'Allemagne ont aussi trouvé un accord provisoire sur l'industrie automobile, avec moins d'ambition environnementale mais un Made in Europe renforcé, selon des sources diplomatiques.
Et l'Ukraine. Volodymyr Zelensky dit que la pause sur les frappes contre les raffineries russes est levée. Donald Trump juge cette reprise une honte, et affirme qu'elle fait monter le prix du pétrole.
Et il y a une querelle sur le renseignement. Zelensky dit que Washington en a retiré une partie, Donald Trump dément. Deux versions, et à cette heure, rien ne permet de trancher.
Une réponse, aussi, à la question d'hier soir : si on ne sait pas qui attaque, l'Otan peut-elle répondre ? Non pour l'article cinq, qui suppose une décision politique commune et donc un auteur désigné. Mais l'article quatre permet à un pays allié de demander des consultations.
Trois idées à retenir. Un : pour savoir si un mouvement s'essouffle, on demande toujours quel indicateur est choisi, et par qui. Deux : quand on ne peut pas voter, on cherche d'autres leviers, et des alliés. Trois : devant une rumeur, on vérifie avant de partager.
Et une question à emporter. Jade, et toi qui écoutes, réfléchis-y : si tu devais mesurer si ce mouvement continue, quel indicateur choisirais-tu, et pourquoi ? La réponse arrive ce soir.