Émeutes du 17 octobre : qui récupère les images ?
Les violences du 17 octobre sont citées dans la campagne américaine et au cœur d'un débat sur les ingérences. Récupération ou ingérence : quelle différence, et peut-on dire qui a provoqué quoi ? Avec aussi Ebola au Nigeria, Witkoff chez Poutine et le Golfe.
Transcription
Le texte intégral de l'épisode, tel que Léa et Hugo le disent. Voix de synthèse ; épisode préparé avec l'intelligence artificielle.
Une image tournée à Marseille un samedi soir. Quatre jours plus tard, elle sert d'argument dans une campagne électorale à des milliers de kilomètres de là. Alors, question : comment un événement local peut-il devenir l'arme d'un débat qui n'est pas le sien ?
Attends, tu parles des violences du dix-sept octobre ? Elles sont citées à l'étranger ?
Oui, et c'est le sujet de ce matin.
Ici Boussole, l'actu décodée pour la HGGSP. Nous, Léa et Hugo, sommes des voix de synthèse, et l'épisode est préparé avec l'intelligence artificielle.
Nous sommes mercredi vingt et un octobre. Jade, et toi qui écoutes, commençons par les faits. Aux États-Unis, d'après Le Monde, Donald Trump et son entourage se sont appuyés plusieurs fois sur les violences françaises pour dénoncer l'immigration et les musulmans. Ils préviennent qu'une victoire des démocrates aux élections de mi-mandat, le trois novembre, exposerait les États-Unis au même péril.
Et ce n'est pas une impression isolée ?
Non. Le Figaro raconte que la droite américaine a abondamment relayé les images, avec cette formule : « La France brûle ». Et le Wall Street Journal, journal américain plutôt classé au centre droit, se demande ce que ces violences apportent à Marine Le Pen.
D'accord. Mais là, ce sont des responsables politiques qui parlent, à visage découvert. C'est différent d'une manipulation, non ?
Très différent, et c'est tout le mécanisme à comprendre. Il y a un mot pour ça : l'instrumentalisation. C'est utiliser un fait réel pour servir un but politique.
Donc quand un dirigeant cite la France dans sa campagne ?
C'est de la récupération. On peut la contester, la trouver injuste, mais elle est publique. Tout le monde voit qui parle et pour quoi faire. L'ingérence, c'est autre chose : des faux comptes, de fausses vidéos, une opération cachée menée par un acteur étranger pour tromper.
Et ça, on en a des traces ?
Franceinfo rapporte que Viginum, le service français chargé de repérer les ingérences numériques, a déjà identifié plus d'une centaine d'opérations de désinformation venues de l'étranger visant la présidentielle de deux mille vingt-sept. Aux municipales de cette année, il y en avait quatre. Des fausses vidéos visant Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann et Édouard Philippe sont attribuées à des réseaux pro-russes.
Donc la Russie a mis le feu aux banlieues ?
Surtout pas, et c'est exactement la question qui dérange. Franceinfo n'établit aucun lien entre ces opérations et le dix-sept octobre. Et le Financial Times écrit que des régulateurs européens examinent le rôle des plateformes dans la diffusion de désinformation pro-russe autour de ces violences. Mais c'est une seule source à cette heure, donc on reste prudents.
Attends, donc même si de fausses infos circulent, ça ne veut pas dire qu'elles ont causé les violences ?
Voilà. Une ingérence ne crée pas la colère. Elle cherche à exploiter un événement qui existe déjà. C'est ce qui la rend efficace : elle appuie là où ça divise déjà. Donc gardons deux idées séparées. Les causes du dix-sept octobre, qui font débat en France, et l'usage qu'on en fait ensuite, qui est un autre débat.
Et en France, justement, le débat sur les causes est vif.
Très. La BBC écrit que le pays est divisé sur qui blâmer. Le gouvernement et La France insoumise s'accusent mutuellement d'attiser ou de manipuler, d'après Le Monde. Ces accusations ne sont pas établies, et chacun a droit à sa réponse.
Et pour nous, concrètement ?
La présidentielle est dans six mois. Le Sénat examine d'ailleurs un projet de loi contre les ingérences étrangères. Et au niveau européen, il existe un règlement de deux mille vingt-deux, le Digital Services Act, qui oblige les très grandes plateformes à limiter les contenus illicites.
Est-ce qu'on a déjà vécu ça ? Un événement français qui part à l'étranger ?
Oui. En deux mille cinq, trois semaines d'émeutes de banlieue et l'état d'urgence avaient fait le tour des télévisions du monde. Et en deux mille quinze, une chaîne américaine avait parlé de zones interdites aux non-musulmans à Paris. Elle s'était excusée, et la maire de Paris avait évoqué une plainte.
Alors qu'est-ce qui a changé ?
Hier, c'étaient des chaînes identifiables, qu'on pouvait corriger. Aujourd'hui, ce sont des fils personnalisés, des comptes anonymes, l'intelligence artificielle, et un autre pays qui s'en sert dans sa propre campagne. Dans le programme, c'est le thème quatre, s'informer avec un regard critique, avec une touche du thème deux : l'influence comme outil de puissance.
Un mot du reste de l'actualité ?
Trois choses. D'abord Ebola. Le Nigeria a annoncé un premier cas à Abuja, sa capitale : une femme arrivée d'Ouganda par avion. Quarante-quatre personnes en contact avec elle sont suivies. L'épidémie, partie de la République démocratique du Congo, a dépassé neuf mille cas là-bas, et le Kenya en compte neuf. Le Nigeria est le pays le plus peuplé d'Afrique : un virus ne s'arrête pas à une frontière. Le pays avait déjà connu Ebola en deux mille quatorze, avec huit morts, d'après RFI. On ne sait pas encore si d'autres personnes ont été contaminées.
Ensuite ?
L'Ukraine. Après avoir vu Volodymyr Zelensky à Oslo, l'émissaire américain Steve Witkoff doit rencontrer Vladimir Poutine à Saint-Pétersbourg aujourd'hui. Le but, selon le Premier ministre norvégien, est de préparer une rencontre au niveau des dirigeants. Et dans le Golfe, les Gardiens de la Révolution iraniens affirment que trois pétroliers de plus ont heurté des mines à Ormuz. C'est leur version, non vérifiée de façon indépendante.
Et si on devait résumer pour un contrôle ?
On peut tenir en une phrase : une même image peut servir plusieurs camps, donc c'est la source et l'intention qu'il faut examiner, pas seulement l'image.
Alors, trois idées à retenir ?
Un : récupération et ingérence, ce n'est pas la même chose, l'une est publique, l'autre cachée. Deux : une ingérence exploite une fracture, elle ne la crée pas. Trois : devant une image, demande-toi toujours qui parle, à qui, et avec quel intérêt.
Et la question pour ce soir ?
Jade, et toi qui écoutes, réfléchis-y : si une image peut servir deux camps opposés, qu'est-ce qui permet de savoir ce qu'elle montre vraiment ? La réponse arrive ce soir.