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Matin5 min 39Moscoupar Professeur Boussole

Russie–Afrique : Moscou est-elle vraiment isolée ?

Vingt-deux dirigeants africains à Moscou pour le sommet Russie–Afrique : pourquoi un pays sous sanctions occidentales reste-t-il courtisé ? On décode la multipolarité, les chiffres de Poutine et le jeu des partenaires africains, puis un tour du monde (sommet UE–Canada, sanctions américaines contre le Rwanda, Israël).

Transcription

Le texte intégral de l'épisode, tel que Léa et Hugo le disent. Voix de synthèse ; épisode préparé avec l'intelligence artificielle.

Léa

Hugo, depuis quatre ans, on nous répète que la Russie est isolée. Alors pourquoi vingt-deux dirigeants africains viennent-ils de se déplacer jusqu'à Moscou ?

Hugo

Parce que « isolée », ça dépend de qui regarde. C'est tout l'enjeu de ce matin.

Léa

Ici Boussole, l'actu décodée pour la spé histoire-géo, géopolitique et sciences po. Nous, Léa et Hugo, sommes des voix de synthèse, et l'épisode est préparé avec l'intelligence artificielle.

Hugo

Jade, et toi qui écoutes, on est vendredi trente octobre. Les faits. Mercredi et jeudi, Moscou a accueilli le troisième sommet Russie-Afrique, après Sotchi en deux mille dix-neuf et Saint-Pétersbourg en deux mille vingt-trois.

Léa

Selon l'agence Reuters, des délégations de quarante-huit pays étaient là, dont vingt-deux dirigeants africains. L'agence AP parle d'une vingtaine de chefs d'État. Vladimir Poutine a coprésidé la rencontre avec le président du Burundi, qui préside en ce moment l'Union africaine.

Hugo

Et son message tient en une phrase : la Russie serait le meilleur partenaire de l'Afrique, parce qu'elle ne la pille pas. Il a dénoncé, je cite, une exploitation « prédatrice et néocoloniale » des ressources, sans citer de pays, mais on comprend qui il vise : l'Occident.

Léa

Il a aussi avancé des chiffres. Attention, ce sont ses chiffres à lui. D'après AP, les échanges avec l'Afrique ont dépassé vingt-sept milliards de dollars l'an dernier, plus de dix-huit millions de tonnes de céréales ont été livrées, et environ quarante mille étudiants africains étudient dans des universités russes.

Hugo

Vingt-sept milliards, ça sonne énorme. Mais c'est la bonne question à se poser : énorme par rapport à quoi ? On sait que l'Afrique commerce beaucoup plus avec l'Union européenne ou avec la Chine. Les montants varient selon les sources, donc on ne les cite pas ici. Retiens le principe : un chiffre ne veut rien dire tout seul.

Léa

Passons au mécanisme. Pourquoi des pays africains répondent-ils à l'invitation ?

Hugo

D'abord, ils n'ont pas à choisir un camp. Beaucoup préfèrent multiplier les partenaires : la Chine, l'Europe, les États-Unis, la Turquie, les pays du Golfe, et la Russie. On appelle ça la diversification des alliances.

Léa

Ensuite, il y a du concret. Le grain et les engrais russes, que Poutine dit fournir à quarante pays africains. Les armes aussi : selon AP, la Russie a des accords de coopération militaire avec quarante-cinq pays du continent. Et des paramilitaires russes, l'Africa Corps, sont présents sur place.

Hugo

Là-dessus, des gouvernements occidentaux accusent ces forces de soutenir des régimes militaires, comme au Mali, pour évincer la France. Moscou rejette ces accusations. C'est une accusation, pas un fait établi par la justice.

Léa

Et enfin, le récit. Dire « nous n'avons pas été colonisateurs, eux oui », ça résonne, surtout dans les pays qui reprochent à l'Occident ses ingérences passées.

Hugo

Alors, la question qui dérange. La Russie est sous sanctions occidentales, sa guerre en Ukraine est condamnée. Comment peut-elle être isolée et courtisée en même temps ?

Léa

Parce qu'il y a deux mondes dans le même monde. En mars deux mille vingt-deux, l'Assemblée générale de l'ONU a condamné l'invasion de l'Ukraine : cent quarante et un pays pour, cinq contre, mais trente-cinq abstentions, dont beaucoup de pays africains.

Hugo

Être isolée de l'Occident, ce n'est donc pas être isolée du monde. Et pour Moscou, montrer des dirigeants africains autour de Poutine, c'est justement dire à son opinion et au reste du monde : regardez, nous ne sommes pas seuls. Selon Reuters, courtiser le Sud fait partie de la stratégie russe pour contrebalancer la pression occidentale.

Léa

Petit détour par l'Histoire. Pendant la Guerre froide, l'Union soviétique faisait déjà campagne en Afrique. En mille neuf cent soixante, elle a créé à Moscou une université pour étudiants des pays du Sud, rebaptisée l'année suivante du nom de Patrice Lumumba, premier chef du gouvernement du Congo indépendant.

Hugo

Les quarante mille étudiants d'aujourd'hui rappellent cet héritage. Mais différence de taille : à l'époque, le monde était coupé en deux blocs. Aujourd'hui, il est multipolaire, avec plusieurs puissances qui comptent, et les pays africains jouent de cette concurrence.

Léa

Côté programme, on est en plein thème deux, les dynamiques des puissances : l'influence, ce n'est pas que des armées, c'est aussi des étudiants, du blé, un discours. Et un peu de thème quatre : un récit se fabrique, et il faut aussi regarder ce qu'il laisse de côté.

Hugo

Pour la France et l'Europe, l'enjeu est direct : l'influence française au Sahel a reculé, et l'Europe doit proposer autre chose que des leçons si elle veut rester un partenaire choisi.

Léa

Et après ? Trois scénarios, des hypothèses. Un : des projets concrets suivent, dans l'énergie ou l'agriculture. Deux : l'effet d'annonce domine. Trois : les pays africains continuent de faire jouer la concurrence entre tous leurs partenaires.

Hugo

Tour du monde, très vite. À Montréal, sommet entre l'Union européenne et le Canada. Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne, continue de proposer au Canada le statut de « membre associé », un statut qu'aucun traité ne prévoit, et l'Allemagne a exprimé ses réserves. Le Premier ministre canadien, Mark Carney, prévient que la négociation prendra encore des mois.

Léa

Autre actualité : les États-Unis sanctionnent le ministère rwandais de la Défense, pour son soutien présumé aux rebelles du M23, dans l'est de la République démocratique du Congo. Le Congo accuse aussi le Rwanda de piller des minerais, selon la BBC. Nos sources ne rapportent pas encore la réponse du Rwanda.

Hugo

Et en Israël, l'opposition accuse le Premier ministre de vouloir délégitimer l'élection, tandis que son parti, le Likoud, parle d'ingérence étrangère. Ce sont des accusations, qu'on attribue à chaque camp.

Léa

Trois idées à retenir. Un : isolée de l'Occident ne veut pas dire isolée du monde. Deux : un chiffre ne vaut que comparé, et attribué à celui qui le donne. Trois : un monde multipolaire donne aux pays du Sud la possibilité de choisir plusieurs partenaires.

Hugo

Et la question pour finir : si un pays africain peut s'appuyer sur plusieurs puissances, est-il plus libre, ou plus convoité ? Jade, et toi qui écoutes, réfléchis-y : la réponse arrive ce soir.