Midterms : un vote américain peut-il relancer la guerre ?
La veille des élections de mi-mandat américaines : ce que le Congrès peut vraiment faire (budget, enquêtes, nominations), pourquoi il reste un frein et non un interrupteur face à une reprise des frappes en Iran, le précédent de 2006. Au tour du monde : Bulgarie, Olechky, Yémen.
Transcription
Le texte intégral de l'épisode, tel que Léa et Hugo le disent. Voix de synthèse ; épisode préparé avec l'intelligence artificielle.
Mardi, des dizaines de millions d'Américains vont voter. Et pourtant, le nom de Donald Trump ne sera sur aucun bulletin. Alors pourquoi tout le monde parle d'un référendum sur lui ?
Bonne question. Et pourquoi un vote américain pourrait changer ce qui se passe en Iran, en Ukraine, et peut-être même dans ton quotidien en Europe ?
C'est tout l'enjeu de cet épisode. Ici Boussole, l'actu décodée pour la spé histoire-géo, géopolitique et sciences po. Nous, Léa et Hugo, sommes des voix de synthèse, et l'épisode est préparé avec l'intelligence artificielle.
Commençons par les faits. Mardi trois novembre, ce sont les élections de mi-mandat, qu'on appelle les midterms en anglais. Mi-mandat, parce qu'elles tombent au milieu des quatre ans du président.
Et on y vote pour quoi, exactement ?
Pour le Congrès, le Parlement américain. Il a deux chambres. La Chambre des représentants, dont les quatre cent trente-cinq sièges sont tous remis en jeu, et le Sénat, où trente-cinq sièges sur cent sont à pourvoir. Il y a aussi des postes de gouverneurs.
Donc le président ne peut pas perdre son poste ce jour-là.
Non. Mais il peut perdre sa majorité. Et c'est là que tout se joue. Dans la tradition américaine, le parti du président perd presque toujours du terrain à mi-mandat. Cette année, la presse décrit un scrutin qui pourrait être un vote sanction : le coût de la vie, et la guerre contre l'Iran, alors que Donald Trump avait promis de ne plus s'engager dans une aventure militaire à l'étranger. Selon Le Monde, cela inquiète jusque dans son propre camp.
Et les démocrates sont favoris ?
Les sondages les donnent en bonne posture, mais attention. La BBC rappelle que ces mêmes sondages se sont déjà trompés par le passé, avec des indécis de dernière minute et des échantillons mal calibrés. Un sondage n'est pas un résultat.
Et la campagne n'est pas un long fleuve tranquille pour les démocrates non plus, si j'ai bien suivi.
Non. Dans le Michigan, une élue démocrate, Haley Stevens, battue à la primaire par Abdul El-Sayed, a apporté son soutien au candidat républicain, Mike Rogers. Un dirigeant démocrate a parlé de trahison. Plusieurs médias le rapportent, dont la BBC et la radio publique américaine NPR. C'est un jugement politique, pas un fait : retiens que les camps n'ont pas tous la même lecture.
Bon, passons au mécanisme. Pourquoi ce vote compte autant, alors que le président reste en place ?
Parce que les États-Unis fonctionnent avec ce qu'on appelle les poids et contrepoids, en anglais les checks and balances. L'idée, c'est qu'aucun pouvoir ne doit être sans limite. Montesquieu l'avait théorisée au dix-huitième siècle, et les rédacteurs de la Constitution américaine s'en sont inspirés.
Concrètement, qu'est-ce que le Congrès peut faire ?
Trois choses importantes. Un : voter le budget, c'est ce qu'on appelle le pouvoir de la bourse. Pas d'argent voté, pas de politique possible. Deux : enquêter sur le gouvernement, convoquer des responsables. Trois : valider ou bloquer des nominations, comme celles des juges ou des ministres.
Donc si les démocrates prennent la Chambre, Donald Trump devra négocier chaque dollar.
Exactement, et le Sénat compte aussi. Selon L'Opinion, il suffit aux démocrates de gagner trois États sans en perdre aucun de ceux qu'ils tiennent déjà pour prendre la majorité. C'est serré.
Là, je te pose LA question qui dérange. Si le Congrès est si puissant, pourquoi la guerre en Iran pourrait-elle reprendre cette semaine, quel que soit le résultat ?
Parce que, sur le papier comme dans les faits, le président est le chef des armées. Il peut ordonner des frappes en quelques heures. Le Congrès, lui, agit sur la durée : par le budget, les enquêtes, les lois. Il est un frein, pas un interrupteur.
Tu as un exemple historique ?
Oui, deux mille six. Les républicains perdent le Congrès en pleine guerre d'Irak. Le lendemain, le ministre de la Défense de George Bush, Donald Rumsfeld, démissionne. Mais la guerre continue, et Bush envoie même des renforts l'année suivante. Les électeurs avaient parlé, mais le président garde la main sur les opérations militaires.
Justement, parlons de l'Iran, parce que ça bouge. Que sait-on aujourd'hui ?
Des faits, et des hypothèses. Les faits : Donald Trump a parlé publiquement de frapper un site souterrain près de Natanz, un des principaux sites nucléaires iraniens. Selon le site d'information américain Axios, repris par Le Figaro et Le Temps, il a parlé samedi avec le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou du calendrier d'une intensification des opérations. Et l'Iran répond qu'une nouvelle guerre serait plus longue que la précédente.
Et l'hypothèse ?
Certains titres annoncent des frappes dès cette semaine. Mais à cette heure, aucune décision officielle ni aucune date n'ont été annoncées. Une menace n'est pas une décision. Le Financial Times, lui, raconte que les pays du Golfe se préparent au pire.
Et pour nous, en France et en Europe ?
Trois canaux. L'énergie : le prix de l'essence aux États-Unis devrait atteindre un niveau record, selon le Financial Times, et une reprise de la guerre pourrait faire grimper les prix du pétrole partout. La sécurité : l'aide à l'Ukraine dépend en partie de Washington. Et la stabilité : les Européens, nous dit L'Opinion, cherchent à anticiper les conséquences de ce scrutin, avec la présidentielle américaine de deux mille vingt-huit déjà en ligne de mire.
Ailleurs dans le monde, il y a aussi du mouvement.
En Bulgarie, la présidente sortante, Iliana Iotova, est donnée gagnante du second tour, avec entre cinquante-deux et cinquante-neuf pour cent des voix selon les estimations rapportées par Libération. Elle plaide pour le dialogue avec Moscou, alors que son adversaire, Andreï Guiourov, était soutenu par l'opposition pro-européenne. C'est un pays membre de l'Union européenne et de l'OTAN, au bord de la mer Noire : ce choix est donc regardé de près. Les résultats officiels restent à confirmer.
Et en Ukraine, la trêve exceptionnelle à Olechky, qui avait permis d'évacuer des habitants, s'est terminée dimanche soir. Selon l'AFP, Moscou a refusé de la prolonger. Les habitants s'attendent à une reprise des combats.
Et au Yémen, l'ONU annonce plus de trois cent mille déplacés par les combats dans l'ouest du pays. Une guerre souvent oubliée, mais qui touche le détroit de Bab al-Mandab, une autre porte stratégique du commerce mondial.
Si tu veux aller plus loin sur les midterms, Boussole propose un focus avec des schémas, dans un format plus long, sur sa chaîne YouTube.
Maintenant, trois idées à retenir. Un : les midterms ne changent pas le président, mais peuvent changer ce qu'il a le droit de faire, grâce au budget, aux enquêtes et aux nominations. Deux : le Congrès est un frein, pas un interrupteur. En deux mille six, il a changé le visage de la guerre d'Irak, pas son déroulement immédiat. Trois : devant une annonce, sépare toujours le fait, l'hypothèse et la menace.
Et pour finir, une question à réfléchir. Un sondage donne un camp gagnant. Est-ce que ça veut dire qu'il a gagné ?
Jade, et toi qui écoutes, réfléchis-y. La réponse arrive ce soir.