Kiev : pourquoi une raffinerie russe fait monter ton plein
Depuis quatre jours, la Russie frappe les ponts de Kiev et avertit les diplomates étrangers, tandis que l'Ukraine promet de redoubler ses frappes sur les raffineries russes. Pourquoi cela peut-il se voir à la pompe en France ? On décode, avec le Blitz de 1940 et la convention de Vienne de 1961.
Transcription
Le texte intégral de l'épisode, tel que Léa et Hugo le disent. Voix de synthèse ; épisode préparé avec l'intelligence artificielle.
Un drone russe frappe un pont de Kiev, et le même jour, Moscou conseille aux diplomates étrangers de quitter la ville. Hugo, qu'est-ce qui est en train de changer dans cette guerre ?
Peut-être la cible. On ne vise plus seulement des armées, on vise la vie quotidienne d'une capitale. Et cette histoire finit, étonnamment, à la pompe à essence.
Ici Boussole, l'actu décodée pour la HGGSP. Nous, Léa et Hugo, sommes des voix de synthèse, et l'épisode est préparé avec l'intelligence artificielle.
Jade, et toi qui écoutes, on commence par les faits. Depuis jeudi, la Russie frappe les ponts de Kiev. Dimanche, c'était la quatrième journée consécutive : le pont du Nord a été touché une deuxième fois par un drone, et deux personnes ont été blessées.
Et ça paralyse la ville ?
Selon les autorités ukrainiennes, oui. Le pont du Sud reste fermé, la circulation est restreinte sur celui du Nord, et la capitale est comme coupée en deux par le fleuve, le Dniepr. Dans la nuit, la Russie a aussi lancé cent trente-cinq drones sur le pays. Au moins cinq personnes ont été tuées dans l'ensemble de l'Ukraine, selon la presse.
Et samedi, le ministère russe des Affaires étrangères a averti les diplomates et les étrangers présents à Kiev qu'ils étaient en, je cite, danger mortel.
Oui. Dimanche, l'armée russe a annoncé qu'elle intensifierait ses frappes sur des sites militaires, industriels et les infrastructures liées. Moscou parle de représailles à des attaques ukrainiennes.
Attends, il y a une réaction ukrainienne, non ?
Oui. Le président Zelensky dit que l'Ukraine va redoubler ses frappes sur les raffineries russes. Il affirme que des documents obtenus par les services ukrainiens montrent une nouvelle doctrine de Poutine, avec des frappes sur un éventail plus large de cibles civiles avant l'hiver, pour pousser les habitants à partir. C'est l'affirmation de Kiev : je précise que ce n'est pas vérifié de façon indépendante.
Donc deux logiques en miroir. Moscou frappe les ponts et l'énergie ukrainienne, Kiev frappe les raffineries russes.
Exactement. Et voilà le mécanisme à comprendre. Une raffinerie, c'est l'usine qui transforme le pétrole brut en carburants : essence, kérosène, et surtout diesel. Sans raffinerie, un pays producteur de pétrole peut manquer de carburant.
Et la Russie vend beaucoup de diesel au reste du monde.
C'est un grand exportateur de diesel, oui. Quand ces usines s'arrêtent, il y a moins de diesel disponible sur le marché mondial. Le président américain avait d'ailleurs demandé le mois dernier à l'Ukraine d'éviter ces frappes, en disant qu'elles faisaient monter les prix mondiaux du diesel.
Voilà la question qui dérange, Hugo. Une usine à des milliers de kilomètres, en Russie. Pourquoi est-ce qu'un automobiliste français paierait plus cher son plein ?
Parce que le diesel est un produit qui s'échange sur un marché mondial, avec un prix mondial. L'Europe n'en produit pas assez pour ses besoins, elle en importe. Si l'offre baisse quelque part, tout le monde se dispute le reste, et le prix monte partout, même chez ceux qui n'achetaient rien à la Russie.
Comme pour Ormuz, finalement.
Exactement la même logique. Le pétrole brut, c'est un marché. Et les produits raffinés, c'est un autre marché, encore plus tendu quand les usines sont touchées. Autre détail important : une partie du prix à la pompe est fixe, ce sont les taxes. Donc quand le baril bouge de dix pour cent, le prix du litre bouge de moins de dix pour cent. La hausse est amortie, mais elle existe.
Et le détour historique, Hugo ?
Le Blitz. Entre septembre mille neuf cent quarante et mai mille neuf cent quarante et un, l'Allemagne bombarde Londres et d'autres villes britanniques, pour briser le moral de la population. Ça n'a pas fonctionné : les Britanniques ont tenu. Différence essentielle : à l'époque, des bombardiers à équipage. Aujourd'hui, des drones bon marché, lancés par centaines, qui visent des ponts, des réseaux d'eau, d'électricité.
Et ça se rattache au programme ?
Au thème deux, les dynamiques des puissances : frapper les infrastructures, c'est de la coercition, c'est chercher à faire plier un adversaire sans gagner militairement sur le terrain. Et au thème trois, sur les frontières : la guerre déplace la ligne de front jusqu'au cœur d'une capitale.
Et ce conseil donné aux diplomates, c'est grave ?
Oui, c'est le point juridique. Selon la convention de Vienne de mille neuf cent soixante et un, les locaux d'une ambassade sont inviolables, et les diplomates doivent être protégés par l'État où ils se trouvent. Dire à des diplomates de partir sous menace de frappes, c'est un signal très fort, qui interroge cette règle. Mais attention : à ce stade, c'est un avertissement, pas une attaque contre une ambassade.
Et pour nous, Français ?
Trois conséquences possibles : le prix du diesel, la sécurité de notre ambassade et de nos ressortissants à Kiev, et la pression sur l'Europe pour aider l'Ukraine à défendre ses villes avant l'hiver.
Et du côté du Golfe, Hugo, où en est-on ?
Toujours en suspens. L'Iran dit étudier la réponse américaine à sa proposition, dont le contenu n'est pas public, et un responsable iranien affirme que le détroit d'Ormuz ne rouvrira pas tant que sept conditions ne sont pas remplies. Samedi, deux pétroliers ont encore été touchés dans le détroit, d'après l'agence britannique de sécurité maritime. Résultat : le baril reste autour de cent dollars, et ce prix pèse aussi sur le diesel.
Retiens donc trois idées, Jade, et toi qui écoutes. Un : la guerre vise de plus en plus les infrastructures, ponts, énergie, qui font vivre une ville. Deux : le carburant est un marché mondial, donc une raffinerie touchée en Russie peut se voir sur une facture en France. Trois : les ambassades sont protégées par le droit international, et on le mesure quand on les menace.
Et pour réfléchir d'ici ce soir : si frapper des infrastructures ne suffit pas à briser un pays, comme en mille neuf cent quarante, pourquoi les armées continuent-elles de le faire ?
La réponse arrive ce soir. À tout à l'heure.