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Matin5 min 11Détroit d'Ormuzpar Professeur Boussole

Pétrole : il circule, mais les prix ne baissent pas

Les exportations du Golfe sont revenues à leur niveau d'avant-guerre, et pourtant le baril reste autour de cent dollars. Pourquoi ? Risque, stocks bas et incertitude, avec un détour par l'embargo de 1973. Et une proposition de rencontre à trois sur l'Ukraine.

Transcription

Le texte intégral de l'épisode, tel que Léa et Hugo le disent. Voix de synthèse ; épisode préparé avec l'intelligence artificielle.

Léa

Le pétrole du Golfe circule de nouveau comme avant la guerre. Et pourtant, le prix du baril reste au-dessus de cent dollars. Hugo, ça n'a pas de sens, non ?

Hugo

Ça en a un, mais il faut changer de lunettes. Et cette histoire commence par un tuyau.

Léa

Ici Boussole, l'actu décodée pour la HGGSP. Nous, Léa et Hugo, sommes des voix de synthèse, et l'épisode est préparé avec l'intelligence artificielle.

Hugo

Jade, et toi qui écoutes, on commence par les faits. Selon les données publiées par la presse spécialisée, les pays producteurs du Moyen-Orient, Iran mis à part, ont exporté en moyenne dix-huit millions trois cent mille barils par jour sur la semaine qui finit le trente septembre.

Léa

Dix-huit millions de barils par jour, c'est beaucoup ou peu ?

Hugo

C'est exactement leur niveau d'avant la guerre. Sur les douze mois précédant le début du conflit, ils exportaient environ dix-huit millions de barils par jour. Donc, sur le papier, le manque a disparu.

Léa

Attends, mais le détroit d'Ormuz n'est pas toujours fermé ?

Hugo

Très bonne question. Le détroit reste très perturbé, et deux pétroliers ont encore été touchés samedi. Mais environ quarante pour cent du pétrole du Golfe part aujourd'hui sans passer par Ormuz.

Léa

Comment ça, sans passer par Ormuz ?

Hugo

Par des chemins de contournement. Notamment un grand oléoduc en Arabie saoudite, qui traverse le pays jusqu'à la mer Rouge. Il avait été attaqué par des drones début septembre, il a été réparé. Le pétrole sort alors par l'autre côté de la péninsule.

Léa

Donc un détroit, c'est un goulot d'étranglement. Et quand le goulot se bouche, on cherche une autre sortie.

Hugo

Voilà la notion du jour : un point de passage obligé. Un endroit étroit par où passe une part énorme des échanges mondiaux. Ormuz pour le pétrole, mais aussi Suez, ou Malacca en Asie. Celui qui le contrôle, ou peut le menacer, a un levier sur tout le monde.

Léa

Bon. Alors voilà la question qui dérange, Hugo. Si le pétrole sort de nouveau en quantité normale, pourquoi le prix ne retombe pas ?

Hugo

Parce que le prix ne dépend pas seulement de ce qui sort aujourd'hui. Il y a trois raisons. D'abord, le risque. Le transport reste dangereux et coûteux : les assureurs font payer cher chaque bateau, et chaque attaque rappelle que ça peut recommencer.

Léa

La fameuse prime de risque, qu'on avait vue.

Hugo

Exactement. Deuxième raison : les stocks. Après des mois de perturbations, les réserves sont entamées. Quand les réservoirs sont presque vides, la moindre mauvaise nouvelle fait bondir les prix, parce qu'il n'y a plus de matelas pour amortir.

Léa

Et la troisième ?

Hugo

L'incertitude. Les États-Unis ont envoyé une réponse à l'Iran, mais son contenu n'est pas public. Et un renfort militaire américain est attendu fin novembre. Les acheteurs ne savent pas si, dans un mois, la situation sera meilleure ou bien pire. Alors ils gardent une marge de sécurité, et ça se paie.

Léa

Autrement dit, le marché paie pour la peur de demain, pas seulement pour le pétrole d'aujourd'hui.

Hugo

Oui. Et il y a un précédent frappant. En mille neuf cent soixante-treize, les pays arabes décrètent un embargo pétrolier contre ceux qui soutiennent Israël. Le prix du baril est multiplié par quatre. L'embargo est levé en mars mille neuf cent soixante-quatorze, mais les prix, eux, ne reviennent pas à leur niveau d'avant.

Léa

Pourquoi ?

Hugo

Parce que les producteurs ont compris leur pouvoir, et les consommateurs leur fragilité. C'est d'ailleurs en mille neuf cent soixante-quatorze qu'est créée l'Agence internationale de l'énergie, pour que les pays importateurs se protègent ensemble. Différence importante avec aujourd'hui : en mille neuf cent soixante-treize, c'était une décision politique volontaire, un embargo. Aujourd'hui, c'est une guerre et un détroit menacé.

Léa

Et pour la France, concrètement ?

Hugo

Pour la France, ça veut dire que le diesel et l'essence restent chers, même si les nouvelles sont moins mauvaises. Et ça veut dire que l'énergie est un enjeu de puissance, donc de sécurité, pas seulement de budget des ménages. On est en plein dans le thème deux du programme, les dynamiques des puissances.

Léa

Ce qui est important, c'est que le prix à la pompe ne réagit pas tout de suite non plus, c'est ça ?

Hugo

Oui, il suit le baril avec du retard, et il descend toujours plus lentement qu'il ne monte. Les distributeurs et les raffineurs ajustent doucement, et les taxes par litre, elles, ne bougent pas. Donc même si le baril baissait demain, tu ne verrais pas la différence avant plusieurs semaines.

Léa

Passons à l'Ukraine, parce qu'il y a un élément nouveau.

Hugo

Oui. Le président ukrainien Zelensky a indiqué que les États-Unis proposent une rencontre technique à trois, avec la Russie et l'Ukraine, d'ici la fin octobre. L'Ukraine se dit ouverte. Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, dit que Moscou n'exclut pas cette possibilité, dans un avenir prévisible.

Léa

Et pendant ce temps, les frappes continuent.

Hugo

Voilà le paradoxe. La Russie a promis d'intensifier ses frappes sur Kiev et d'autres villes, après les ponts. On négocie peut-être, mais en gardant la pression militaire. Il faut donc distinguer une proposition de rencontre, qui est un fait, d'un accord, qui n'existe pas.

Léa

Et chez nous ?

Hugo

Le budget deux mille vingt-sept. Selon un sondage YouGov pour le HuffPost, quarante-cinq pour cent des Français rejettent le projet, et quarante-quatre pour cent souhaitent la censure du gouvernement. Les débats à l'Assemblée commencent le douze octobre, le premier vote solennel est le vingt.

Léa

Donc trois idées à retenir, Hugo ?

Hugo

Un. Le pétrole coule à nouveau, mais le prix intègre la peur, les stocks bas et l'incertitude. Deux. Un point de passage obligé est un levier de puissance, et on le contourne quand on peut. Trois. Proposer une négociation n'est pas conclure un accord, et il faut toujours vérifier qui dit quoi.

Léa

Et la question pour toi, Jade, et pour toi qui écoutes : pourquoi Moscou accepterait-elle de discuter tout en intensifiant ses frappes ? Réfléchis-y, la réponse arrive ce soir.