Starlink : quand une entreprise privée tient un morceau de la guerre
Une nuit de frappes sur l'Ukraine et une polémique : Kiev accuse SpaceX d'avoir restreint Starlink. Qu'est-ce que la dépendance stratégique, et qui décide quand une entreprise devient un acteur de guerre ? Avec la correction du quiz du matin, les Houthis, l'inflation américaine et la Turquie.
Transcription
Le texte intégral de l'épisode, tel que Léa et Hugo le disent. Voix de synthèse ; épisode préparé avec l'intelligence artificielle.
Imagine : une nuit, des missiles russes s'abattent sur Kiev, et les sirènes d'alerte ne sonnent pas, ou trop tard. Au même moment, sur le front, les drones ukrainiens ralentissent. Hugo, et si une partie de la guerre dépendait du bon vouloir d'une entreprise privée ?
C'est exactement la question de ce soir, Léa.
Ici Boussole, l'actu décodée pour la HGGSP. Nous, Léa et Hugo, sommes des voix de synthèse, et l'épisode est préparé avec l'intelligence artificielle.
Mercredi quatorze octobre, au soir. Jade, et toi qui écoutes, voici ce qui a bougé depuis ce matin.
Première nouvelle : des frappes russes massives sur l'Ukraine dans la nuit. Les bilans varient selon les sources et selon l'heure, de quelques morts à une douzaine à Kiev, et des centaines de milliers de foyers privés d'électricité. Moscou affirme de son côté avoir abattu neuf cent deux drones.
Et l'autre fait, c'est celui qu'a dénoncé un conseiller du président Zelensky : l'entreprise SpaceX, d'Elon Musk, aurait restreint sans prévenir l'accès au réseau Starlink de terminaux utilisés par l'armée ukrainienne. Selon ce conseiller, cela ralentit les drones qui s'en servent. Il dit que la mesure est liée à la situation politique actuelle.
Attention, ça, c'est la version ukrainienne. À cette heure, nous n'avons pas relevé de réaction de SpaceX. Et Kiev dit aussi ne pas avoir reçu d'alerte américaine sur les missiles. Plusieurs grands journaux, britanniques, américains et français, rapportent ces accusations, mais aucun ne démontre le lien entre les deux faits.
Voilà notre notion du soir : la dépendance stratégique. Starlink, c'est un réseau de milliers de petits satellites. Il permet d'avoir Internet partout, même au milieu d'un champ de bataille. Pour l'armée ukrainienne, c'est devenu un nerf de la guerre : communiquer, repérer, guider des drones.
Sauf que ce réseau n'appartient ni à l'Ukraine, ni à un État. Il appartient à une entreprise, qui fixe ses propres règles. Un État peut être très bien armé et dépendre pourtant d'un interrupteur qu'il ne contrôle pas.
Alors, la question qui dérange : qui décide, au fond, quand une entreprise privée devient un acteur de la guerre ?
La réponse honnête, c'est que personne, pour l'instant. Le droit de la guerre parle des États et des armées, pas des entreprises. Elle choisit ses clients, ses conditions, et elle peut changer d'avis. Les États, eux, négocient, mais n'ont pas de garantie.
Et l'Histoire nous montre que les États tirent la leçon. Le système de positionnement GPS, celui de nos téléphones, est américain et militaire. Les Européens ont construit leur propre système, Galileo, justement pour ne pas dépendre de Washington. Et pour Internet par satellite, l'Union européenne prépare un projet concurrent de Starlink, qui n'est pas encore prêt.
La différence avec hier : le GPS appartient à un État allié, qu'on peut convaincre par la diplomatie. Starlink appartient à un homme, dont les décisions peuvent aussi être commerciales, personnelles ou politiques. Ça se joue sur le thème deux du programme : la puissance, c'est aussi contrôler les infrastructures.
Ce soir, un mot sur la mer Noire, notre sujet de ce matin. Pas de nouveau fait majeur sur l'auteur des frappes. Ce qu'on sait : quatre navires touchés en une semaine dans la zone économique exclusive de la Bulgarie, et une vingtaine de marins toujours portés disparus. Le Royaume-Uni et l'Allemagne appellent à de nouvelles sanctions contre la Russie.
Autre nouvelle, au Moyen-Orient. Les rebelles houthis du Yémen revendiquent une attaque contre un bâtiment de la compagnie pétrolière saoudienne Aramco. L'Arabie saoudite parle d'un incendie limité. Cela survient après une frappe de la coalition dirigée par Riyad sur un dépôt de carburant au Yémen. Les deux camps montent d'un cran.
Et ça, ça nous ramène au prix du carburant. Aux États-Unis, l'inflation a atteint trois virgule sept pour cent sur un an en septembre, tirée par l'énergie, selon plusieurs médias américains et britanniques. À trois semaines des élections de mi-mandat, c'est un sujet politique majeur.
Dernière nouvelle, en Turquie. La police a pris le contrôle du siège de Halk TV, la principale chaîne d'opposition. Les autorités invoquent une enquête pour corruption et blanchiment d'argent, et ont nommé un administrateur provisoire. Plusieurs médias voient une nouvelle étape dans le contrôle des médias critiques. Le pouvoir turc, lui, parle d'une procédure judiciaire. On y reviendra si on a du nouveau.
Passons à la correction du quiz de ce matin. Première question : où s'arrêtent les eaux territoriales ? À douze milles marins, soit environ vingt-deux kilomètres. Un navire touché à trente-trois kilomètres est donc dans la zone économique exclusive.
Deuxième question : deux raisons pour lesquelles l'article cinq de l'OTAN n'est pas déclenché. Le lieu, hors eaux territoriales. La cible, des navires marchands non bulgares. L'auteur, non prouvé. Ou le fait que l'article cinq n'est jamais automatique. Deux de ces quatre raisons suffisaient.
Troisième question : pourquoi la visite du roi d'Espagne à Ceuta est-elle un acte diplomatique ? Parce qu'en se rendant sur un territoire que le Maroc revendique, il affirme la souveraineté espagnole. Un déplacement peut être un message. Le piège classique, c'est de croire que seuls les traités comptent.
Trois idées à retenir ce soir. Un : un État peut dépendre d'une infrastructure qu'il ne contrôle pas, et c'est une faiblesse stratégique.
Deux : accusation et preuve, ce n'est pas la même chose. Que deux faits arrivent en même temps ne prouve pas que l'un cause l'autre.
Trois : la puissance, aujourd'hui, c'est aussi les satellites, les câbles, les réseaux.
Question pour demain, Jade, et pour toi qui écoutes : si ton pays dépend d'un réseau qui appartient à une entreprise étrangère, est-il vraiment souverain ? À demain matin.