Serbie, Brésil : comment perd-on une élection ?
Deux élections, deux façons de perdre : en Serbie, Aleksandar Vučić reconnaît sa défaite face au mouvement étudiant ; au Brésil, Flávio Bolsonaro annonce qu'il va demander l'annulation du scrutin. Contester devant un juge ou refuser le verdict : quelle différence pour la démocratie ? Avec le précédent Al Gore en 2000, et un tour d'actualité (lycéens et Parcoursup, Bulgarie, Venezuela).
Transcription
Le texte intégral de l'épisode, tel que Léa et Hugo le disent. Voix de synthèse ; épisode préparé avec l'intelligence artificielle.
Hugo, hier soir, deux perdants. L'un a dit : « Nous avons perdu. » L'autre a dit : « Je demande l'annulation. » Qu'est-ce qui fait la différence ?
C'est exactement la question de ce matin. Parce que perdre une élection, ce n'est pas seulement avoir moins de voix. C'est aussi accepter de perdre.
Ici Boussole, l'actu décodée pour la HGGSP. Nous, Léa et Hugo, sommes des voix de synthèse, et l'épisode est préparé avec l'intelligence artificielle.
Jade, et toi qui écoutes, on est lundi vingt-six octobre. Hier soir, on se demandait ce que font ceux qu'on écarte du pouvoir quand ils perdent. Les résultats sont tombés.
Commençons par la Serbie. Aleksandar Vučić dirige le pays depuis plus de dix ans. Dimanche soir, il a déclaré : « Il est clair que nous avons perdu ces élections. » C'est rapporté par l'AFP, la BBC et le New York Times.
Et il a perdu face à qui ?
Face à la Liste étudiante. Un mouvement né après l'effondrement de l'auvent de la gare de Novi Sad, en deux mille vingt-quatre. Seize personnes sont mortes. Depuis, des étudiants manifestent contre le pouvoir qu'ils accusent de corruption.
Et les Serbes sont venus voter en masse. À midi, la participation était d'environ trente-cinq pour cent, contre vingt et un pour cent il y a deux ans, selon la commission électorale citée par franceinfo.
Sur le nombre de sièges, une prudence. Le Guardian cite une projection d'un institut de sondage, qui donne environ cent quarante et un sièges sur deux cent cinquante à la liste étudiante, la majorité étant à cent vingt-six. Mais c'est une projection, pas le résultat officiel.
Direction le Brésil, maintenant. Au second tour de la présidentielle, Lula l'emporte avec environ cinquante et un virgule huit pour cent des voix. Son adversaire, Flávio Bolsonaro, en a environ quarante-huit virgule deux. L'écart, c'est plus de quatre millions de voix.
Et là, la réaction est très différente. Flávio Bolsonaro a annoncé qu'il allait « demander l'annulation » de l'élection. C'est ce que rapportent France 24, Le Monde et Le Figaro.
Attends. Il a le droit de faire ça, non ?
Bonne question, et c'est le cœur du sujet. Il faut distinguer deux choses. Contester, c'est utiliser les voies prévues : un recours devant la justice électorale. C'est un droit. Refuser de reconnaître, c'est dire que le résultat est faux, même après que le juge a tranché.
Donc aujourd'hui, on ne sait pas encore dans quelle catégorie va tomber Flávio Bolsonaro.
Exactement. Pour l'instant, il annonce un recours. Ce qui compte, c'est ce qu'il fera après la décision des juges.
Et dimanche, les deux camps ont saisi la justice pendant la journée. Lula accusait des maires de limiter les transports publics pour gêner le vote. Le camp Bolsonaro invoquait de fortes pluies. Résultat : la Cour suprême a prolongé l'ouverture des bureaux de vote, selon Le Figaro.
Voilà pourquoi je trouve ça passionnant. La démocratie, ce n'est pas des élections sans disputes. C'est des disputes réglées par un arbitre que tout le monde accepte.
Un arbitre. Comme au foot. On peut protester, mais on ne retourne pas le match.
Et ça nous amène à la question qui dérange. Vučić est au pouvoir depuis plus de dix ans. Il aurait pu contester, traîner, dire que tout est truqué. Pourquoi s'incline-t-il en quelques heures ?
Et pourquoi Flávio Bolsonaro, battu de plus de quatre millions de voix, parle d'annulation ?
Personne ne le sait avec certitude. Ce qu'on peut proposer, ce sont des hypothèses. Première hypothèse : une victoire trop large pour être discutée. En Serbie, record de participation, projections concordantes. Deuxième : le coût d'un refus. Dans la rue, devant les partenaires étrangers.
Au Brésil, d'ailleurs, des dirigeants latino-américains de gauche comme de droite ont salué la victoire de Lula, selon France 24. Donc le refus est plutôt isolé.
Troisième hypothèse : la marge. Au Brésil, elle est de trois points et demi environ. C'est serré, donc on peut essayer de le contester. Mais attention, aucune de ces explications ne suffit toute seule.
Il y a un précédent célèbre, non ? L'élection américaine de deux mille.
Oui. Al Gore perd la Floride de cinq cent trente-sept voix seulement. Il conteste devant la justice, et la Cour suprême tranche en faveur de George W. Bush. Et Gore reconnaît sa défaite dès le lendemain.
Donc contester devant un juge, puis s'incliner. C'est le modèle.
Exactement. La différence avec aujourd'hui, c'est qu'on ne sait pas encore si Flávio Bolsonaro suivra ce chemin. Et le Brésil garde en mémoire le huit janvier deux mille vingt-trois, quand des partisans de l'ancien président ont envahi les lieux du pouvoir à Brasília.
Ça, c'est le thème un du programme : comprendre un régime politique, la démocratie. Les règles sont fixées avant, un arbitre indépendant, et un perdant qui reconnaît.
Et ça concerne aussi la France, avec la présidentielle de deux mille vingt-sept qui approche. Rien n'est acquis pour toujours.
Un mot sur l'Europe. La Serbie est candidate à l'Union européenne depuis deux mille douze. Et le Guardian rapporte que la porte de l'Europe est ouverte au futur gouvernement.
Passons à la France, très vite. Aujourd'hui, le Premier ministre Sébastien Lecornu reçoit les représentants des lycéens. Le point de blocage, c'est Parcoursup, la plateforme d'affectation dans le supérieur.
Les lycéens veulent la supprimer. Les présidents d'université disent non, mais admettent qu'on peut la modifier en profondeur, selon franceinfo. Et de nouveaux appels à manifester sont lancés pour le trente et un octobre et le cinq novembre, d'après Le Monde.
Autre actualité : au Venezuela, la prix Nobel de la paix Maria Corina Machado est rentrée après près d'un an d'exil. Des milliers de personnes l'ont accueillie, selon El País.
Et en Bulgarie, la présidente sortante, qui prône le dialogue avec Moscou, arrive légèrement en tête du premier tour. Second tour le premier novembre.
Alors, trois idées à retenir. Un : perdre une élection, c'est aussi accepter de perdre. Deux : contester devant un juge est un droit, refuser son verdict fragilise la démocratie. Trois : une victoire large, un arbitre respecté et la pression des partenaires aident le perdant à s'incliner. Ce sont des hypothèses, pas des lois.
Jade, et toi qui écoutes, réfléchis-y : si le juge rejette le recours de Flávio Bolsonaro, qu'est-ce qui, selon toi, peut encore l'empêcher de dire que l'élection est volée ? La réponse arrive ce soir.