Mbappé et Mao : un mème peut-il déclencher un incident diplomatique ?
Kylian Mbappé s'excuse auprès de la Chine après avoir traité Mao Zedong de dictateur : sponsors perdus, matchs de la Liga arrêtés. Pourquoi punir un championnat entier pour une phrase ? On décode le levier économique, avec le précédent de la NBA en 2019. Au tour du monde : Brésil, Israël, Espagne, climat et santé.
Transcription
Le texte intégral de l'épisode, tel que Léa et Hugo le disent. Voix de synthèse ; épisode préparé avec l'intelligence artificielle.
Hugo, une plaisanterie lâchée dans un podcast, et voilà qu'un championnat de football entier disparaît des écrans d'un pays de plus d'un milliard d'habitants. Comment est-ce possible ?
Parce qu'en géopolitique, un simple mème peut devenir un incident diplomatique. C'est ce qu'on décode ce matin.
Ici Boussole, l'actu décodée pour la spé histoire-géo, géopolitique et sciences po. Nous, Léa et Hugo, sommes des voix de synthèse, et l'épisode est préparé avec l'intelligence artificielle.
Jade, et toi qui écoutes, on est jeudi vingt-neuf octobre. Les faits d'abord. Kylian Mbappé, capitaine de l'équipe de France et attaquant du Real Madrid, a réagi dans un podcast à un mème : une image de son visage sur le corps de Mao Zedong. Il en a ri, et il a qualifié Mao de « dictateur chinois », d'après l'AFP et le Wall Street Journal.
Mao Zedong, c'est le fondateur de la République populaire de Chine, qu'il a dirigée de mille neuf cent quarante-neuf à sa mort, en mille neuf cent soixante-seize. En Chine, il reste une figure officiellement honorée. Les propos ont donc déclenché la colère.
Mardi, Mbappé s'est excusé. Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Guo Jiakun, a répondu que Pékin prenait ces excuses « au sérieux », selon l'AFP.
Mais les conséquences, elles, sont bien réelles. Des entreprises chinoises ont rompu leur collaboration avec lui : deux selon Le Temps, plusieurs selon l'AFP. Toujours selon Le Temps, la diffusion des matchs de la Liga, le championnat espagnol, s'est arrêtée en Chine. Et d'après El País, Pékin refuse de lever ce veto malgré les gestes du joueur et de la Liga. Le Real Madrid a lui aussi présenté ses excuses.
Sur les réseaux, l'AFP constate qu'on ne peut plus suivre ses comptes sur Weibo et Xiaohongshu, deux grandes plateformes chinoises, où il avait plus de deux millions d'abonnés. Et selon des médias chinois, deux marques de luxe, Dior et Hublot, auraient retiré les contenus qui le concernent.
Une précision importante : on ne sait pas si le gouvernement chinois a ordonné ces sanctions, ou si télévision, sponsors et plateformes ont réagi d'eux-mêmes. Dans nos sources, personne ne tranche.
Et c'est là qu'arrive la question qui dérange. Pékin dit prendre les excuses au sérieux, mais la Liga reste punie. Pourquoi sanctionner un championnat espagnol pour la phrase d'un joueur français ?
Première piste : le levier, c'est le marché. La Chine, c'est un public immense. Clubs, marques et ligues savent qu'ils peuvent en être privés du jour au lendemain. On n'envoie pas l'armée, on ferme la porte. En géopolitique, on appelle cela un levier économique.
Deuxième piste, et là c'est une hypothèse d'analyse, pas un fait établi : une sanction qui vise tout un club, tout un championnat, envoie un message. Elle apprend à tous les autres à surveiller leurs mots avant même de parler.
Troisième élément : la colère en ligne. Quand des millions d'internautes s'indignent, les entreprises prennent les devants, parce que le risque pour leur image est énorme. Le Temps explique que la vidéo paraît innocente à nos yeux d'Occidentaux, mais pas aux yeux de beaucoup de Chinois.
L'Histoire a déjà connu ça. En octobre deux mille dix-neuf, le directeur général d'une équipe américaine de basket, les Rockets de Houston, publie un message de soutien aux manifestants de Hong Kong. Résultat, selon NPR et le Washington Post : la télévision d'État chinoise suspend ses retransmissions de la NBA, et des partenaires de l'équipe coupent les ponts.
La différence, c'est le sujet. À l'époque, il s'agissait d'une question politique actuelle, Hong Kong. Cette fois, c'est une plaisanterie sur un dirigeant mort depuis cinquante ans. Ce qui est protégé, ce n'est plus seulement la politique du jour, c'est le récit officiel de l'histoire.
Côté programme, on est dans le Thème deux, les dynamiques des puissances : une puissance, ce n'est pas seulement des armées, c'est aussi la capacité de faire payer un mot. Et un peu de Thème quatre, sur le rôle des réseaux et des plateformes dans la circulation de l'information.
Pour la France et l'Europe, la leçon est claire : un joueur français, un club espagnol, une ligue européenne, et tout un secteur découvre à quel point il dépend du public chinois.
Et après ? Trois scénarios possibles. Les excuses finissent par suffire et les matchs reviennent. Ou la tension dure, avec des pertes d'argent pour tout le monde. Ou les autres sportifs et clubs choisissent désormais de se taire sur la Chine. Aujourd'hui, personne ne peut dire lequel l'emporte.
Passons au tour du monde, vite fait. Au Brésil, Flávio Bolsonaro, battu par Lula dimanche, a quitté le pays. Après l'Argentine et l'Équateur, il a atterri mercredi près de Miami, selon l'AFP et la BBC. Il est visé par plusieurs enquêtes, il est présumé innocent tant qu'aucune décision de justice n'est rendue. Depuis les États-Unis, il se dit « leader » du pays et affirme qu'il dirigera l'opposition, en parlant de fraude, sans éléments à l'appui selon la BBC. Lula répond qu'un citoyen qui fuit son pays a forcément quelque chose à cacher.
En Israël, avec plus de quatre-vingt-dix pour cent des bulletins dépouillés, le camp de Netanyahou a cinquante-trois sièges, l'opposition soixante-sept, dont dix-neuf pour les partis arabes, selon France 24. Les résultats définitifs sont attendus dans les prochains jours.
En Espagne, après la collision de deux trains à grande vitesse, le bilan provisoire est de soixante-huit morts, selon franceinfo. La piste d'une erreur humaine après une panne de signalisation est privilégiée, mais l'enquête n'est pas terminée.
Et la revue médicale The Lancet publie son dixième rapport annuel Countdown : environ trois cents chercheurs demandent que le changement climatique soit reconnu comme une urgence sanitaire mondiale, selon La Croix et France 24.
Trois idées à retenir. Un : un levier économique, c'est la capacité d'ouvrir ou de fermer l'accès à un marché. Deux : une sanction peut viser un exemple plutôt qu'une personne. Trois : toujours distinguer ce qui est établi de ce qui est une hypothèse.
Et pour finir, une question. Quand un individu froisse une grande puissance, qui doit payer : lui, son club, ou son championnat ? Jade, et toi qui écoutes, réfléchis-y : la réponse arrive ce soir.