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Soir5 min 20Moscoupar Professeur Boussole

Novaïa Gazeta : un journal peut-il disparaître sans être interdit ?

Le journal indépendant russe Novaïa Gazeta annonce sa fermeture sous la pression des autorités, selon sa rédaction. Comment fait-on disparaître un journal sans l'interdire ? Avec la correction du quiz du matin, Israël, Olechky et l'Espagne.

Transcription

Le texte intégral de l'épisode, tel que Léa et Hugo le disent. Voix de synthèse ; épisode préparé avec l'intelligence artificielle.

Léa

Hugo, imagine un journal qui n'est interdit par aucune loi, qui n'est pas censuré noir sur blanc... et qui disparaît quand même. C'est possible ?

Hugo

C'est exactement ce qui vient d'arriver en Russie, et c'est le sujet de ce soir.

Léa

Ici Boussole, l'actu décodée pour la spé histoire-géo, géopolitique et sciences po. Nous, Léa et Hugo, sommes des voix de synthèse, et l'épisode est préparé avec l'intelligence artificielle.

Hugo

Jade, et toi qui écoutes, on est vendredi trente octobre, il est dix-sept heures. Depuis ce matin, Novaïa Gazeta, l'un des derniers grands journaux indépendants de Russie, a annoncé sa fermeture.

Léa

Ce journal a été fondé en mille neuf cent quatre-vingt-treize. Il enquêtait sur la corruption, les violences du pouvoir et les atteintes aux droits humains. Son ancien rédacteur en chef, Dmitri Mouratov, a reçu le prix Nobel de la paix en deux mille vingt et un.

Hugo

La rédaction a écrit : « Ils nous ont tués ». Selon le Guardian, le journal cessera définitivement de paraître le mois prochain. Et elle ajoute que c'est toute la société russe qui est écrasée de la même façon.

Léa

Attention à la nuance. Ça, c'est la version du journal. Dans les articles que nous avons lus, la réaction du Kremlin n'apparaît pas. Donc c'est la rédaction qui accuse les autorités, ce n'est pas un tribunal qui l'a établi.

Hugo

Alors qu'est-ce qui est rapporté ? Plusieurs médias disent que la rédaction a été chassée de ses bureaux de Moscou, où elle travaillait depuis vingt-neuf ans. Et le média Meduza, un média russe installé à l'étranger, rappelle que le journal avait été classé comme « agent de l'étranger » et avait perdu son enregistrement officiel.

Léa

Voilà la question qui dérange. Un journal peut-il disparaître sans avoir été interdit ?

Hugo

Oui. Pas besoin d'une loi qui dit « ce journal est interdit ». Il suffit de lui retirer ses locaux, son statut, ses ressources. Le titre existe encore, mais il ne peut plus travailler. La rédaction dit justement qu'on l'a privée de toutes ses ressources.

Léa

Donc la censure ne ressemble pas toujours à un tampon « interdit ». Ça peut être une suite de pressions administratives et financières, dont chacune, prise seule, paraît presque banale. C'est ce qui la rend difficile à repérer.

Hugo

Petit détour par l'Histoire. En deux mille un, la chaîne NTV, qui critiquait le pouvoir, est passée sous le contrôle de Gazprom, le géant russe du gaz. En mars deux mille vingt-deux, la radio Écho de Moscou a cessé d'émettre. À chaque fois, la méthode change, le résultat se ressemble : moins de voix indépendantes.

Léa

Côté programme, c'est le thème quatre, s'informer avec un regard critique : une presse libre permet de vérifier ce que disent les pouvoirs. Et le thème un : dans une démocratie, la presse fait partie des contre-pouvoirs, ceux qui limitent le pouvoir, comme on l'avait vu avec une chaîne turque placée sous administrateur.

Hugo

Et regarde le contraste du jour. Ce matin, Moscou recevait des dirigeants africains en se présentant comme un partenaire respectueux. Ce soir, un grand journal russe s'éteint. Deux faits du même jour : on ne dit pas que l'un cause l'autre, mais ils montrent deux visages du même État, celui qui parle au monde et celui qui parle à son opinion.

Léa

Petite mise à jour du sommet. Courrier international rapporte que Vladimir Poutine a cité Thomas Sankara, figure burkinabè de l'anticolonialisme, pour dénoncer le néocolonialisme. Le journal y voit une récupération politique. C'est une analyse, pas un fait.

Hugo

Maintenant, la réponse à la question de ce matin : un pays africain qui s'appuie sur plusieurs puissances est-il plus libre, ou plus convoité ? Les deux. Plus convoité, c'est certain, on l'a vu. Plus libre, ça dépend de sa capacité à négocier. En mille neuf cent cinquante-cinq, à Bandung en Indonésie, des pays d'Asie et d'Afrique refusaient déjà d'être de simples pions de la Guerre froide. Ça n'a pas supprimé les rivalités, mais ça a donné de la marge de manœuvre.

Léa

Et les trois questions du quiz du matin. Un : isolée de l'Occident ne veut pas dire isolée du monde. À l'ONU, en mars deux mille vingt-deux : cent quarante et un pays pour condamner l'invasion, cinq contre, trente-cinq abstentions.

Hugo

Deux : devant vingt-sept milliards de dollars, on demande d'abord qui donne le chiffre, ici Poutine, puis par rapport à quoi, par exemple les échanges de l'Afrique avec l'Union européenne ou la Chine. Trois : un monde multipolaire, c'est plusieurs puissances qui comptent. Le piège fréquent, c'est de le confondre avec le monde bipolaire, deux blocs.

Léa

Autres nouvelles. En Israël, les résultats définitifs, rapportés par Courrier international, donnent cinquante-trois sièges au bloc de Benyamin Nétanyahou, quarante-huit à l'opposition de Gadi Eisenkot et dix-neuf aux partis arabes, sur cent vingt. Il en faut soixante et un : aucun bloc n'y arrive seul.

Hugo

Dans le sud de l'Ukraine, l'évacuation des habitants d'Olechky, ville occupée par l'armée russe, a commencé pendant une trêve humanitaire qui doit s'achever dimanche. Les nombres de personnes varient selon les médias, donc on ne les fixe pas.

Léa

En Espagne, le ministre des Transports, Óscar Puente, dit qu'il ne démissionnera pas après la collision de trains qui a fait au moins soixante-neuf morts. Sa phrase : sa façon d'être responsable, c'est de faire face.

Hugo

Et demain samedi, nouvelles mobilisations de lycéens et d'étudiants en France. Selon le ministère de l'Intérieur, quatre-vingt-trois enquêtes ont été confiées à la police des polices et à son équivalent pour la gendarmerie depuis la mi-septembre. Un chiffre à lire pour ce qu'il est : un décompte du ministère.

Léa

Une question pour demain. Quand un responsable dit qu'il ne démissionnera pas, qu'est-ce qui peut le faire changer d'avis : la justice, l'opinion ou son propre camp ? Jade, et toi qui écoutes, réfléchis-y.

Hugo

À demain matin.