Midterms : Trump n'était pas candidat, pourquoi a-t-il perdu ?
Les démocrates auraient la majorité au Sénat, et la Chambre est annoncée par les projections sans être encore acquise. Que perd concrètement un président quand le Congrès change de camp ? On parle aussi de l'aide américaine à Israël, de la démission d'un ministre espagnol et de responsabilité politique.
Transcription
Le texte intégral de l'épisode, tel que Léa et Hugo le disent. Voix de synthèse ; épisode préparé avec l'intelligence artificielle.
Hier, Donald Trump n'était sur aucun bulletin de vote. Et pourtant, ce matin, tous les journaux du monde parlent de sa défaite. Comment peut-on perdre une élection où on ne se présente pas ?
Et surtout : qu'est-ce que ça change, concrètement, pour lui ? On décortique.
Ici Boussole, l'actu décodée pour la spé histoire-géo, géopolitique et sciences po. Nous, Léa et Hugo, sommes des voix de synthèse, et l'épisode est préparé avec l'intelligence artificielle.
Premier point, les faits, avec prudence. Cette nuit, les Américains ont voté pour renouveler toute la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. Au Sénat, c'est net : selon le New York Times, le Financial Times, le Guardian et Le Monde, les démocrates ont la majorité.
Et ils l'ont obtenue en prenant des sièges aux républicains dans des endroits inattendus.
Oui. Le Guardian cite le Texas, l'Iowa, le Kansas, l'Ohio, la Caroline du Nord et la Caroline du Sud. Au Texas, le démocrate James Talarico l'emporte, d'après les projections des médias américains, dans un État que les républicains tenaient au Sénat depuis plus de trente ans.
Et la Chambre des représentants ?
Là, il faut mesurer ses mots. D'après les projections de CNN et de NBC, rapportées par Le Figaro et Libération, les démocrates la prendraient aussi. Mais Le Monde parle seulement de républicains en difficulté, et le Guardian dit que les démocrates se rapprochent de la victoire. Donc : très probable, pas encore acquis.
Ça rappelle la leçon d'hier.
Exactement. Une projection n'est pas un résultat certifié. Le décompte final, État par État, prendra du temps.
Et Trump, comment réagit-il ?
Les récits diffèrent. Le Guardian rapporte qu'il dit accepter les résultats. Le Monde, lui, décrit un président entre déni et menace sourde, qui refuse d'endosser la défaite. Deux lectures : à nous de rester prudents, et de regarder ses actes dans les prochains jours.
Venons-en à la question piège. Il n'était pas candidat. Alors pourquoi parle-t-on de sa défaite ?
Parce que ces élections de mi-mandat, à mi-chemin entre deux présidentielles, fonctionnent comme un référendum sur le président en place. Les électeurs ne le renvoient pas, ils lui retirent des leviers. Et là, on arrive au vrai mécanisme.
Lesquels, concrètement ?
D'abord, l'argent. Dans la Constitution américaine, c'est le Congrès qui vote le budget. On appelle ça le pouvoir de la bourse. Sans budget voté, l'administration ne peut pas dépenser. Ensuite, les enquêtes : un Congrès hostile peut convoquer des responsables et ouvrir des commissions d'enquête. Enfin, le Sénat doit confirmer les grandes nominations, ministres et juges.
Mais attention, pas tout de suite.
Bien vu. Le nouveau Congrès ne prend ses fonctions qu'en janvier. D'ici là, c'est encore l'ancienne majorité qui siège.
Et le président garde quand même des armes.
Oui. Il peut mettre son veto, et il faudrait deux tiers des voix dans chaque chambre pour passer outre. Et en politique étrangère, il garde la main sur beaucoup de choses. C'est ce qu'on appelle un gouvernement divisé : le président d'un camp, le Congrès de l'autre, ou ici même des deux chambres de l'autre camp.
Justement, un exemple tout frais. Hier, toujours selon Le Monde, Trump a annoncé à la télévision américaine qu'il mettrait fin, d'ici la fin de l'année, à l'aide militaire annuelle à Israël, environ quatre milliards de dollars selon le Financial Times et le Guardian, trois virgule huit selon Le Monde et RFI.
Et là, attention aux mots. C'est une annonce, pas encore une décision appliquée. Selon El País, le président dit avoir convenu cela avec Netanyahou, mais sans préciser la portée. Et l'accord en vigueur court jusqu'en deux mille vingt-huit, approuvé par le Congrès. Le Guardian y voit un message à des électeurs sceptiques ; Le Monde parle d'une annonce sans concertation apparente. Haaretz, journal israélien, rappelle que Netanyahou lui-même voulait un sevrage progressif sur dix ans.
Donc la bataille, ce sera au Congrès.
C'est une hypothèse, mais logique : c'est lui qui tient le budget.
Un détour par l'Histoire ?
Mille neuf cent quatre-vingt-quatorze. Bill Clinton, deux ans après son élection, perd les deux chambres. Le Congrès républicain affronte la Maison-Blanche sur le budget, et l'État fédéral ferme à deux reprises, fin mille neuf cent quatre-vingt-quinze. Pourtant Clinton est réélu en mille neuf cent quatre-vingt-seize.
Donc perdre le Congrès ne veut pas dire perdre la présidence.
Voilà la différence avec ce qu'on imagine : un gouvernement divisé, ce n'est pas la fin du pouvoir, c'est un pouvoir qui doit négocier, ou se bloquer. Et ça touche directement ton programme de spé : le thème un, comprendre une démocratie, avec ses contre-pouvoirs.
Et pour nous, en Europe ?
Washington pèse sur l'Ukraine, l'Iran, le prix de l'énergie. Un Congrès plus hostile peut ralentir ou freiner. Mais attention : la politique étrangère reste surtout dans les mains du président. Et d'ailleurs, il a dit au Financial Times n'avoir aucun plan immédiat de frappes contre l'Iran. Un seul journal rapporte ça : à prendre comme une déclaration, pas comme un fait établi.
Un mot sur l'Espagne, aussi.
Oui. Le ministre des Transports, Óscar Puente, a démissionné après l'accident de train d'Urda, qui a fait au moins soixante-neuf morts, selon la BBC et El País. Il dit qu'un ministre ne peut pas rester après deux accidents en moins d'un an. Le chef du gouvernement salue son geste ; l'opposition de droite répond qu'elle le sanctionnera dans les urnes. C'est la responsabilité politique : on répond de ce qui arrive sous son autorité.
Trois idées à retenir ?
Une : une projection n'est pas un résultat certifié, surtout pour la Chambre. Deux : le Congrès tient le budget, les enquêtes et les nominations, mais pas avant janvier. Trois : une annonce n'est pas une décision appliquée.
Et pour le programme, retiens un mot : gouvernement divisé.
Si tu veux creuser, il y a un focus sur les midterms avec des schémas, dans un format plus long, sur la chaîne YouTube de Boussole.
Question pour toi, Jade, et pour toi qui écoutes. Si le Congrès a le pouvoir de la bourse, pourquoi un président peut-il quand même gouverner presque seul sur la scène internationale ? Réfléchis-y : la réponse arrive ce soir.