Grève du 5 novembre : pourquoi les chiffres ne s'accordent pas
Trois chiffres de manifestants, trois heures, trois auteurs : on apprend à lire un bilan de grève. Avec la réponse à la question du matin sur le poids des lycéens, le contrecoup des midterms américains, Ormuz et l'Ukraine.
Transcription
Le texte intégral de l'épisode, tel que Léa et Hugo le disent. Voix de synthèse ; épisode préparé avec l'intelligence artificielle.
Ce matin, on te demandait pourquoi des lycéens, qui ne risquent aucun salaire, pèsent autant dans une grève. Ce soir, la journée a eu lieu, et la première bataille porte déjà sur les chiffres.
Oui, et c'est une belle leçon de méthode. On y vient.
Ici Boussole, l'actu décodée pour la spé histoire-géo, géopolitique et sciences po. Nous, Léa et Hugo, sommes des voix de synthèse, et l'épisode est préparé avec l'intelligence artificielle.
Premier point : la mobilisation du jour, en France. À treize heures, l'entourage du ministre de l'Intérieur, Laurent Nuñez, comptait deux cent soixante-dix mille manifestants dans cent quatre-vingts cortèges, sans Paris, selon France 24, Le Monde et la radio-télévision suisse. La CGT, de son côté, annonçait plus de deux cent cinquante mille personnes dans soixante-treize villes. Et à dix-sept heures, Le Figaro titre sur près de six cent mille manifestants en France.
Attends. Six cent mille, deux cent soixante-dix mille, deux cent cinquante mille : ce n'est pas la même chose !
Justement. Ces chiffres ne sont pas pris à la même heure, ne couvrent pas les mêmes villes, et ne viennent pas de la même source. Deux cent soixante-dix mille, c'est un chiffre de treize heures, sans Paris. Le titre du Figaro, lui, ne dit pas qui a compté. Un chiffre n'a de sens qu'avec son heure et son auteur.
Et à Paris ?
Franceinfo parle d'une très forte participation et de quelques incidents en tête de cortège. France 24 évoquait, plus tôt, entre quarante mille et quatre-vingt mille personnes attendues. Mais c'était une prévision, pas un bilan. Le bilan officiel de la soirée n'est pas encore connu.
Et les lycéens, dans tout ça ?
Même désaccord. Selon Matignon, quatre-vingt-un lycées sur trois mille sept cents étaient bloqués, soit environ deux pour cent. Les organisations lycéennes, elles, parlent d'environ mille lycées à l'arrêt. Le même mot, bloqué, n'est probablement pas compté de la même façon. Et on le sait : les deux camps ont intérêt à dire que le mouvement est faible, ou qu'il est fort.
Du côté des fonctionnaires ?
Selon le ministère de l'Action et des Comptes publics, près de dix pour cent des agents de l'État ont fait grève. Et la grande revendication, c'est la hausse du SMIC, le salaire minimum, que les syndicats demandent. Le gouvernement, d'après La Croix, envisage une revalorisation, mais il est contraint par le budget, et par une présidentielle dans six mois.
Donc ce soir, qui a gagné ?
Personne ne peut le dire. Une journée forte donne de la force aux syndicats pour négocier, mais ce sont les concessions des prochains jours qui diront si le mouvement a obtenu quelque chose. C'est une analyse, pas un fait.
Revenons à la question du matin, parce qu'elle mérite sa réponse. Pourquoi un lycéen pèse-t-il, alors qu'il ne risque aucun salaire ?
Deux raisons. D'abord la visibilité : des lycées bloqués, des images, et le sujet monte à la une. Ensuite la jonction : le pouvoir redoute que des jeunes et des salariés défilent ensemble. Et aujourd'hui, la bataille sur le nombre de lycées bloqués le montre : si ça ne comptait pas, personne ne se disputerait sur ce chiffre.
Et pour la correction du quiz du matin, il y a trois points à retenir. Un : un lycéen ne fait pas grève au sens du droit, parce que le droit de grève est celui des salariés, ceux qui ont un contrat de travail. Le lycéen, lui, manifeste ou bloque.
Deux : en deux mille six, c'est le contrat première embauche, le CPE, qui a été retiré après la mobilisation d'étudiants, de lycéens et de syndicats. La différence avec aujourd'hui : il y avait alors un texte précis à faire retirer. Cette fois, les revendications sont larges, donc la victoire est plus difficile à définir.
Trois : face à un chiffre de manifestants, la bonne question, c'est qui compte, quand, et avec quelle méthode. Beaucoup de gens retiennent le chiffre, et oublient de regarder qui le donne.
Passons au reste du monde, vite. Au Moyen-Orient, l'Iran affirme que deux pétroliers et un remorqueur ont pris feu dans le détroit d'Ormuz, selon franceinfo et La Libre. La cause n'est pas précisée dans les articles que nous avons lus. Et la Corée du Sud annonce qu'elle va déployer sa marine près du détroit, pour une mission non combattante, selon Le Monde.
Et aux États-Unis, le contrecoup des élections continue ?
Oui. Le vice-président Vance attribue la défaite à la guerre en Iran. Des élus républicains, comme Ted Cruz, jugent le résultat désastreux, selon le Guardian. Et le ministre de la Défense, Pete Hegseth, est mis en cause : des élus démocrates parlent de le destituer, d'après France 24. C'est une intention affichée, pas une décision. Et côté Europe, le Financial Times note que les actions européennes passent devant les américaines depuis le début de l'année, les investisseurs pariant sur un président freiné par le Congrès.
Si tu veux aller plus loin sur les midterms, il y a un focus sur la chaîne YouTube de Boussole, avec des schémas et un format plus long.
Un dernier mot sur l'Ukraine. Le président Zelensky dit voir de l'espoir dans l'équilibre des forces, et espère plus d'aide américaine. En Europe, la Première ministre italienne Giorgia Meloni reproche à l'Union un manque de cohérence dans les discussions, selon le Financial Times. Les pourparlers d'Abou Dhabi sont attendus le dix novembre.
Avant de finir, une mise en perspective : ça relie au thème un, la démocratie vit aussi par la contestation, et au thème quatre, l'information, parce qu'un chiffre est toujours une construction.
Question pour demain : si les syndicats obtiennent une hausse du SMIC, est-ce que c'est vraiment une victoire pour tout le monde ?
Réfléchis-y, Jade, et toi qui écoutes. On en parle demain matin.