Le SMIC augmente tout seul : alors pourquoi manifester ?
Après la plus forte journée de grève de l'automne, Matignon convoque syndicats et patronat. Le SMIC monte automatiquement : que demandent alors les manifestants, et pourquoi le gouvernement hésite-t-il à donner un coup de pouce ? Avec le pape en Amérique latine, Hegseth visé et l'Ukraine.
Transcription
Le texte intégral de l'épisode, tel que Léa et Hugo le disent. Voix de synthèse ; épisode préparé avec l'intelligence artificielle.
Le SMIC augmente tout seul, chaque année, sans que personne ne vote. Alors pourquoi des centaines de milliers de personnes ont-elles défilé hier pour qu'il augmente ?
Parce que « automatique » et « suffisant », ce n'est pas du tout la même chose. Et ça, c'est tout l'enjeu de ce matin.
Ici Boussole, l'actu décodée pour la spé histoire-géo, géopolitique et sciences po. Nous, Léa et Hugo, sommes des voix de synthèse, et l'épisode est préparé avec l'intelligence artificielle.
Jade, et toi qui écoutes, on commence par les chiffres d'hier, parce qu'ils racontent déjà une histoire.
Jeudi, la journée de grève et de manifestations pour le pouvoir d'achat a réuni cinq cent soixante-quinze mille personnes selon le ministère de l'Intérieur. Un million six cent mille, selon la CGT, un des grands syndicats qui appelait à la mobilisation.
Presque trois fois plus. Chacun compte avec sa méthode, et chacun a intérêt à un chiffre. Retiens surtout ce que disent plusieurs journaux : c'est la plus forte mobilisation depuis le début du mouvement lycéen de cet automne.
Et le soir même, le Premier ministre, Sébastien Lecornu, a annoncé une conférence sociale, lundi à Matignon, avec les syndicats et le patronat. Objectif affiché par ses services : apporter des réponses sur le pouvoir d'achat et les salaires.
Attends, c'est quoi, une conférence sociale ?
C'est une grande table ronde où l'État invite ce qu'on appelle les partenaires sociaux : d'un côté les syndicats de salariés, de l'autre les organisations d'employeurs. L'idée, c'est de discuter avec eux avant d'écrire la loi, ou pour sortir d'une crise.
Et au centre de la discussion, il y a le SMIC. Le salaire minimum : en dessous, aucun employeur n'a le droit de payer un salarié.
Sa hausse de base est automatique. Chaque premier janvier, il est relevé au moins de l'inflation, c'est-à-dire de la hausse des prix. Et en cours d'année, dès que les prix montent de deux pour cent.
Mais le gouvernement peut aussi ajouter un « coup de pouce » : une hausse supplémentaire, décidée politiquement. Quand les syndicats réclament une hausse significative du SMIC, c'est ce coup de pouce qu'ils demandent.
Alors voilà la question qui dérange. Si ce coup de pouce aide des millions de salariés, pourquoi un gouvernement ne le donne-t-il pas, tout simplement ?
Première raison : les marges de manœuvre. Le Monde parle de marges faibles. Sur franceinfo, une analyse résume la situation par une formule : « ni argent ni majorité ». Et La Croix rappelle qu'un gouvernement ne peut presque rien promettre au-delà de l'élection présidentielle, dans six mois.
Deuxième raison : le SMIC n'est pas payé par l'État, mais par les employeurs. Pour une petite entreprise, un coup de pouce, c'est une dépense immédiate. Le patronat s'en inquiète donc.
Troisième raison, plus subtile : le tassement. Si le plancher monte vite, les salaires juste au-dessus se retrouvent rattrapés. Celui qui gagnait un peu plus que le minimum voit l'écart fondre, et réclame à son tour une augmentation.
Attention, ce sont des arguments d'économistes et d'employeurs. Les syndicats répondent que les salaires ont décroché des prix, et que beaucoup de gens travaillent sans réussir à vivre correctement. Les deux lectures existent, et c'est justement ce que la conférence doit mettre sur la table.
Ça rappelle quelque chose en histoire. En mai mille neuf cent soixante-huit, après la plus grande grève générale de l'histoire de France, les accords de Grenelle relèvent le salaire minimum de trente-cinq pour cent.
Et en mille neuf cent soixante-dix, il devient le SMIC tel qu'on le connaît, avec cette règle de hausse automatique. Donc le dispositif d'aujourd'hui est né d'une grande crise sociale.
Mais la différence est énorme. En soixante-huit, l'économie croissait vite, et l'État pouvait payer. Aujourd'hui, le budget est sous contrainte, et le mouvement mélange salariés, lycéens, étudiants et retraités. Il n'y a pas un seul interlocuteur évident.
Côté programme, on est en plein dans le thème un, sur la démocratie. Les partenaires sociaux, c'est ce qu'on appelle la démocratie sociale : une façon de décider qui passe par la négociation, pas seulement par le vote des députés.
Passons au reste de l'actualité. Le pape Léon quatorze entame aujourd'hui un voyage de douze jours en Uruguay, en Argentine et au Pérou, quelques semaines après une opération du poumon, selon la BBC.
Cette région rassemble près d'un tiers des catholiques du monde, d'après La Croix, mais le poids de l'Église y recule peu à peu. Et El País souligne que son message de justice sociale tranche avec le discours du président américain dans la région. C'est le thème cinq, sur les relations entre États et religions.
Aux États-Unis, après la défaite républicaine aux élections de mi-mandat, des élus de ce camp visent le ministre de la Défense, Pete Hegseth, à cause de son rôle dans la guerre contre l'Iran. Un vote de mise en accusation, ce qu'on appelle l'impeachment, est évoqué à la Chambre des représentants.
Prudence : pour l'instant, c'est une intention. La Maison-Blanche dément tout départ, et Donald Trump affirme soutenir son ministre. Et rappelle-toi : la Chambre accuse, mais c'est le Sénat qui juge.
Enfin, en Ukraine, une trêve humanitaire de six jours a été obtenue autour de la ville occupée d'Olechky. Donald Trump a rencontré un émissaire de Vladimir Poutine et prédit un très grand accord. Des pourparlers sont prévus à Abou Dhabi la semaine prochaine. Pour l'instant, c'est une prédiction, pas un accord.
Alors, trois idées à retenir.
Un : le SMIC monte automatiquement avec les prix, mais le coup de pouce est une décision politique, et c'est elle qui est discutée.
Deux : un chiffre de manifestants dépend de qui compte et comment, donc on cite toujours la source.
Trois : une conférence sociale, c'est la démocratie sociale en action, mais elle ne garantit jamais un résultat.
Jade, et toi qui écoutes, réfléchis-y : si le gouvernement donne un coup de pouce au SMIC, qui y gagne, et qui peut y perdre ?
La réponse arrive ce soir.