Le pape en Amérique du Sud : une voix sans pouvoir ?
Opéré d'un cancer du poumon il y a trois semaines, le pape Léon XIV est en tournée en Uruguay puis en Argentine. Sans armée ni électeurs, que pèse sa parole face aux pouvoirs politiques ? On décode le soft power du Vatican, trois modèles de relation entre l'État et les religions, et on fait le tour de l'actu : Nouvelle-Zélande, Ukraine, Iran, France.
Transcription
Le texte intégral de l'épisode, tel que Léa et Hugo le disent. Voix de synthèse ; épisode préparé avec l'intelligence artificielle.
Hugo, imagine : tu es opéré du poumon, et trois semaines plus tard, tu pars faire le tour d'un continent. Personne n'ose te demander de te reposer.
Léa, ce n'est pas rien. Le pape Léon quatorze est en Amérique du Sud depuis vendredi. Et il n'a ni armée, ni électeurs, ni budget à voter. Pourtant, des présidents l'attendent avec un peu d'inquiétude.
Ici Boussole, l'actu décodée pour la spé histoire-géo, géopolitique et sciences po. Nous, Léa et Hugo, sommes des voix de synthèse, et l'épisode est préparé avec l'intelligence artificielle.
Jade, et toi qui écoutes, la question du jour : un pape peut-il faire de la politique sans être un homme politique ?
Commençons par les faits. Léon quatorze a été opéré d'un cancer du poumon il y a trois semaines. Pourtant, il est parti pour un grand voyage de douze jours : Uruguay, Argentine, puis Pérou.
À son arrivée en Uruguay, il a dit qu'il se sentait en forme. Et son premier grand discours a porté sur l'accès aux soins pour tous, quelles que soient les ressources. Il a parlé de son expérience personnelle des limites que la maladie impose.
Samedi, il a célébré sa première grande messe à Paysandú, devant quarante mille personnes, en appelant à construire des ponts. Et aujourd'hui, il arrive à Buenos Aires.
Attends, pourquoi ces deux pays-là ? Parce que ce sont deux ambiances très différentes.
Exactement. L'Uruguay est le pays le plus sécularisé du continent, c'est-à-dire celui où la religion pèse le moins dans la vie publique. L'Église y est séparée de l'État depuis le début du vingtième siècle.
Donc aller y parler de santé plutôt que de doctrine, c'est un choix. On ne vient pas convertir, on vient parler d'un sujet que tout le monde comprend.
Et l'Argentine, c'est la patrie du pape François. François n'y est jamais retourné en douze ans de pontificat. Son successeur, lui, y va. Léon quatorze est le premier pape américain, et il a longtemps été missionnaire au Pérou, la dernière étape de son voyage.
Il doit y rencontrer le président Javier Milei. Un libertarien, c'est-à-dire quelqu'un qui veut réduire le plus possible le rôle de l'État dans l'économie.
Et les évêques argentins ont critiqué sa politique d'économies. Selon la presse argentine, Milei avait même, dans le passé, très durement attaqué François. Aujourd'hui, il qualifie cette visite d'historique.
Voilà la tension. D'un côté un pouvoir politique, de l'autre une voix morale.
Alors, la question qui dérange. Le pape n'a ni armée, ni électeurs. Alors pourquoi un président s'en soucie-t-il ?
Parce que son pouvoir, c'est l'autorité morale. Les spécialistes appellent ça du soft power : la capacité d'influencer par la légitimité et l'attrait, plutôt que par la force.
Et il ne faut pas oublier qu'il dirige aussi un État, le Vatican. Le plus petit du monde, reconnu depuis les accords du Latran, en mille neuf cent vingt-neuf. Avec des diplomates dans la plupart des capitales.
Quand il réclame l'accès aux soins devant un gouvernement qui réduit des dépenses publiques, il ne nomme personne. Mais chaque auditeur fait la traduction lui-même.
C'est ça, l'astuce. On peut défendre la justice sociale sans être candidat. Attention, par contre : certains journaux ont lu ce voyage comme un contrepoint à Donald Trump et à Javier Milei. C'est une lecture de presse, pas une phrase du pape.
Bonne nuance. Et ce n'est pas nouveau : l'enseignement social de l'Église remonte à un texte de mille huit cent quatre-vingt-onze, signé par le pape Léon treize. Léon quatorze a choisi son nom en pensant à lui.
Alors, l'Histoire. Juin mille neuf cent quatre-vingt-deux : Jean-Paul deux arrive en Argentine, alors dirigée par des militaires, quelques jours après avoir visité le Royaume-Uni, pendant la guerre des Malouines. Il vient plaider pour la paix.
Mais les différences comptent. Aujourd'hui, pas de guerre, pas de dictature. Mais la même question : que pèse une voix morale face au pouvoir ?
Et c'est le programme, Jade, le thème sur les États et les religions. Regarde les trois accueils pour un seul pape. En France, c'est la laïcité de mille neuf cent cinq : l'État est neutre et ne finance aucun culte.
En Uruguay, une séparation très stricte. Et en Argentine, la Constitution dit que l'État soutient le culte catholique. Même pape, trois cadres juridiques.
Ça aide à comprendre qu'il n'existe pas une seule laïcité dans le monde.
Reste à voir ce qui va se passer. Hypothèse un : une visite surtout symbolique, avec des gestes à la prison ou à l'hôpital. Hypothèse deux : un message social plus appuyé, et des réactions. Et la santé du pape compte aussi.
Et ailleurs dans le monde, trois choses. En Nouvelle-Zélande, les élections de samedi n'ont donné de majorité claire à personne. Des semaines de discussions pour former une coalition sont possibles. Les résultats sont encore provisoires.
Avec un vote proportionnel, c'est normal : aucun parti ne gagne seul, il faut s'allier.
En Ukraine, la Russie a de nouveau frappé le réseau électrique juste avant des négociations à Abou Dhabi, en début de semaine. Volodymyr Zelensky parle d'une volonté de plonger le pays dans le noir.
Négocier sous les bombes : c'est une question qu'on se posera mardi.
Et en France, lundi, conférence sociale à Matignon, sur les salaires. On en reparle demain.
Trois idées à retenir. Un : le pape n'a pas de pouvoir politique classique, il a une autorité morale, un soft power.
Deux : il n'existe pas un seul modèle de relation entre l'État et la religion. La France, l'Uruguay et l'Argentine en sont trois exemples.
Trois : une lecture de presse n'est pas un fait. Il faut toujours demander qui dit quoi.
Jade, et toi qui écoutes, réfléchis-y : quand une voix sans pouvoir parle à ceux qui en ont, qui décide de ce qu'elle veut dire ? On te donne la réponse ce soir.