Israël vote : pourquoi ne saura-t-on pas ce soir qui gouverne ?
Les Israéliens votent aujourd'hui, mais aucun parti n'a jamais obtenu seul la majorité. Léa et Hugo expliquent le scrutin proportionnel, les coalitions et le rôle des faiseurs de rois, puis font le point sur Parcoursup et l'Algérie au Niger.
Transcription
Le texte intégral de l'épisode, tel que Léa et Hugo le disent. Voix de synthèse ; épisode préparé avec l'intelligence artificielle.
Hugo, aujourd'hui des millions d'Israéliens votent. Mais ce soir, personne ne saura qui va gouverner. Et dans quelques semaines, peut-être non plus. Comment c'est possible ?
Parce que voter et gouverner, ce n'est pas la même chose. Et c'est exactement ce qu'on décode ce matin.
Ici Boussole, l'actu décodée pour la HGGSP. Nous, Léa et Hugo, sommes des voix de synthèse, et l'épisode est préparé avec l'intelligence artificielle.
Jade, et toi qui écoutes, on est mardi vingt-sept octobre. Aujourd'hui, ce sont les élections législatives en Israël. C'est le premier vote national depuis les attaques du Hamas du sept octobre deux mille vingt-trois, selon Courrier international.
Les deux principaux candidats sont le Premier ministre sortant, Benyamin Netanyahou, et l'ancien chef d'état-major de l'armée, Gadi Eisenkot. Selon Courrier international et France 24, ils sont au coude-à-coude.
Et c'est tout l'intérêt. Mais commençons par le mécanisme. Les Israéliens ne votent pas pour un candidat. Ils votent pour une liste de parti, et le Parlement compte cent vingt sièges.
Chaque parti obtient un nombre de sièges proportionnel à son score. C'est ce qu'on appelle le scrutin proportionnel. Un parti qui a vingt pour cent des voix a, à peu près, vingt pour cent des sièges.
Et pour gouverner, il faut la majorité. Soit soixante et un sièges sur cent vingt.
Voilà la clé. Depuis la création de l'État en mille neuf cent quarante-huit, aucun parti n'a jamais obtenu soixante et un sièges à lui seul, d'après La Libre Belgique. Donc il faut toujours s'allier.
Attends. Alors qu'est-ce qui se passe ce soir ?
Ce soir, on connaît les rapports de force, pas le gouvernement. Les partis négocient ensuite. Le président de l'État charge un député de former une coalition, en général celui qui paraît le mieux placé pour rassembler soixante et un sièges. Cela peut prendre plusieurs semaines.
Et les sondages disent quoi ?
Prudence, ce sont des sondages et ils bougent. Début octobre, selon le Times of Israel, les partis qui soutiennent Netanyahou avaient cinquante-trois sièges, et les quatre partis d'opposition à majorité juive, quarante-neuf. Aucun des deux blocs n'atteignait soixante et un.
Donc il y a des faiseurs de rois.
C'est l'expression. Un petit parti, avec quelques sièges, peut devenir indispensable, parce que sans lui aucune coalition n'atteint soixante et un. Il peut alors exiger des ministères ou des mesures, bien au-delà de son poids dans les urnes.
D'où ta question de départ, Léa : pourquoi attendre des semaines. Parce que chaque camp cherche ses alliés, un par un.
Exactement. Prenons les électeurs arabes israéliens, environ deux millions de personnes. Selon franceinfo, s'ils se mobilisent massivement, ils pourraient faire pencher la balance. Une habitante raconte : « C'est la première fois que mon vote compte autant. »
Et à gauche, l'ancien numéro deux de l'armée, Yaïr Golan, est crédité de huit à dix sièges, toujours selon franceinfo. Peu, mais dans un scrutin si serré, huit sièges, cela pèse.
Il faut aussi mentionner la méfiance. Selon le journal israélien Haaretz, le Likoud, le parti de Netanyahou, prévoit de filmer des électeurs arabes devant les bureaux de vote. Ce n'est rapporté que par ce journal : nous le disons donc avec prudence.
Passons au détour par l'histoire. Entre deux mille dix-neuf et deux mille vingt-deux, Israël a voté cinq fois en moins de quatre ans, sans qu'aucun camp ne trouve de majorité stable.
Et c'est un lien direct avec le programme, Thème un : comprendre un régime politique, la démocratie. Un mode de scrutin n'est jamais neutre. La proportionnelle représente très fidèlement les opinions. Mais elle rend les majorités fragiles.
Alors qu'en France, le scrutin majoritaire à deux tours donne en général une majorité plus nette. En contrepartie, certains courants sont sous-représentés. Chaque système a ses avantages et ses défauts.
La question qui dérange, maintenant. Si la proportionnelle est plus juste, pourquoi tous les pays ne l'adoptent-ils pas ?
Parce qu'on ne demande pas la même chose à une élection. Soit un miroir fidèle du pays, soit une décision claire. Le miroir donne des coalitions, et donc des compromis, mais parfois du blocage. La décision claire donne un gouvernement fort, mais laisse des électeurs sans représentant. Il n'y a pas de bonne réponse unique.
Il y a aussi un contexte plus large, que le Thème trois du programme, les frontières, aide à lire. Le même jour, selon franceinfo et La Croix, une commission mandatée par l'ONU a accusé Israël de crimes contre l'humanité en Cisjordanie. Israël a immédiatement rejeté ces conclusions.
Voilà pourquoi cette élection compte au-delà d'Israël. Le prochain gouvernement décidera de sa politique en Cisjordanie, de Gaza et de l'Iran, des sujets sur lesquels les camps s'opposent.
Un mot sur la France, avant de finir. Le gouvernement a commencé à répondre à la colère des lycéens. Selon franceinfo et La Croix, Parcoursup, la plateforme d'orientation après le lycée, sera remplacé en deux étapes d'ici deux mille vingt-huit. Quinze mille places supplémentaires sont prévues dans l'enseignement supérieur.
Les représentants lycéens ont salué l'annonce à la sortie de Matignon, mais selon L'Opinion et La Croix, les syndicats maintiennent la pression et appellent à manifester. Promettre n'est pas encore réaliser.
Et en Afrique, l'Algérie va envoyer des soldats au Niger pour protéger des sites énergétiques près de la Libye, selon la BBC. Son Parlement l'a approuvé dimanche. C'est la première opération à l'étranger depuis mille neuf cent soixante-treize.
Trois idées à retenir. Un : en proportionnelle, voter ne suffit pas, il faut ensuite former une coalition de soixante et un sièges. Deux : le mode de scrutin façonne la vie politique autant que les électeurs. Trois : un résultat n'est vraiment connu que lorsqu'un gouvernement est en place.
Et une question pour toi, Jade, et pour toi qui écoutes. Si un petit parti décide à lui seul de la majorité, est-ce plus de démocratie, ou moins ? Réfléchis-y, on y revient ce soir.