Bilan de la semaine : qu'est-ce qui peut contraindre un pouvoir ?
Midterms américains, grève et SMIC en France, Iran, destitution du président du Paraguay, voyage du pape en Amérique latine : cinq événements de la semaine, un fil rouge (les contre-pouvoirs), les notions du programme à retenir et un quiz pour s'entraîner.
Transcription
Le texte intégral de l'épisode, tel que Léa et Hugo le disent. Voix de synthèse ; épisode préparé avec l'intelligence artificielle.
Cette semaine, un président n'était pas candidat, et pourtant il a perdu une élection. Un autre président, au Paraguay, a été destitué à cause d'une banque. Et un pape est parti à l'autre bout du monde, sans armée ni sanctions. Quel est le point commun ?
Ici Boussole, l'actu décodée pour la spé histoire-géo, géopolitique et sciences po. Nous, Léa et Hugo, sommes des voix de synthèse, et l'épisode est préparé avec l'intelligence artificielle.
Aujourd'hui, samedi, c'est le bilan de la semaine. Cinq événements, ce qu'ils ont en commun, les notions à retenir, et des questions pour t'entraîner. Jade, et toi qui écoutes, prends un papier.
Premier événement : les élections américaines de mi-mandat, mardi trois novembre. Les Américains renouvelaient toute la Chambre des représentants et un tiers du Sénat. Selon la BBC, le Financial Times, El País, France 24 et le Wall Street Journal, les démocrates l'emportent dans les deux chambres. Attention, c'est une projection. Le décompte officiel se poursuit, et nous n'avançons donc aucun chiffre de sièges.
Et la question qui dérange : Donald Trump n'était pas candidat. Alors pourquoi parle-t-on de sa défaite ? Parce que ces élections sont un vote sur son bilan. Et lui-même, selon la BBC et le Wall Street Journal, reconnaît que la guerre en Iran a pesé dans le résultat.
Concrètement, qu'est-ce qui change pour lui ? Le Congrès tient trois leviers : le budget, les enquêtes et les nominations. C'est ce qu'on appelle un gouvernement divisé : un camp à la Maison-Blanche, l'autre au Congrès. Attention, le nouveau Congrès ne siège qu'en janvier. D'ici là, rien ne change formellement.
Et la réaction de Trump, vendredi, a surpris. Il a nommé Stephen Miller directeur de cabinet de la Maison-Blanche, à la place de Susie Wiles. Miller est connu comme l'architecte de sa politique d'immigration très ferme. Le chef des démocrates au Sénat a déclaré que Trump « n'aurait pas pu faire un pire choix ». La réaction de la Maison-Blanche n'apparaît pas dans les sources que nous avons lues.
L'Histoire offre des parallèles. En mille neuf cent quatre-vingt-quatorze, Bill Clinton perd le Congrès à mi-mandat. En deux mille six, c'est George Bush, après l'enlisement en Irak. Différence importante : cette fois, une guerre en cours, avec l'Iran, pèse directement sur le vote. Tout cela relève du thème un, comprendre un régime politique, ici la démocratie américaine et ses contre-pouvoirs.
Deuxième événement : la grève du jeudi cinq novembre, en France. Selon le ministère de l'Intérieur, cinq cent soixante-quinze mille personnes ont manifesté. Selon la CGT, un million six cent mille. Deux camps, deux chiffres, et les deux sont donnés par ceux qui y ont intérêt. On ne dit donc pas que l'un est faux : on dit toujours qui compte, et comment.
Même chose pour les lycées. Selon Matignon, quatre-vingt-un lycées étaient bloqués sur trois mille sept cents. Selon des organisations lycéennes, environ mille. Le mot « bloqué » n'est pas défini de la même façon. C'est un très bon réflexe du thème quatre : se demander ce qu'on compte, et à quelle heure.
Résultat de la mobilisation : Matignon convoque une conférence sociale lundi neuf novembre. C'est une réunion où l'État, les syndicats et le patronat discutent. Elle discute, mais elle ne vote pas la loi : ça, c'est le Parlement. Et le ministre Jean-Pierre Farandou a jugé « important » de franchir les mille cinq cents euros net pour le SMIC, le salaire minimum. Un coup de pouce est « sur la table », selon Le Monde et Libération, mais rien n'est décidé.
Petite précision utile. Le SMIC augmente déjà automatiquement quand les prix montent. Le coup de pouce est un geste politique en plus, décidé par le gouvernement. En mille neuf cent soixante-huit, après les grèves de mai, les accords de Grenelle avaient relevé le salaire minimum de trente-cinq pour cent. Différence : en deux mille vingt-six, ce n'est pas une grève générale paralysant le pays. La comparaison s'arrête là.
Troisième événement : l'Iran. Mardi, des frappes américaines, décrites comme limitées et défensives, ont visé l'île de Qeshm. Donald Trump les a confirmées. Et le prix du pétrole est repassé sous cent dollars le baril, selon le Financial Times.
Cette semaine, Trump a aussi dit qu'il « parlait à l'Iran ». Le journal israélien Haaretz rapporte qu'il étudie une reprise de la guerre dès le neuf novembre. C'est une hypothèse, rapportée par un seul journal, nous ne l'affirmons pas. Et c'est la leçon de la semaine sur ce dossier : une menace n'est pas une décision.
Et le détroit d'Ormuz, c'est quoi déjà ? Un passage étroit par où transite une très grande part du pétrole mondial. Même si la France s'y approvisionne peu, le pétrole est un marché mondial, avec un prix unique. Si la peur de la pénurie monte, les cours montent partout. Tu t'en souviens, c'est la question qui dérange de ces dernières semaines. Ça relève du thème deux, les dynamiques des puissances.
Quatrième événement : le Paraguay, en Amérique du Sud. Mardi, la banque Ueno, première banque numérique du pays, est mise sous tutelle. Selon Le Monde, elle revendique près de trois millions de clients. Des centaines de milliers de personnes se retrouvent privées de leur argent.
Le président, Santiago Peña, mis en cause pour ses liens avec cette banque, démissionne jeudi. Mais le Sénat le destitue quand même, vendredi, au terme d'un procès politique, selon Le Monde, la BBC et le New York Times. Il est placé en détention à domicile, et son vice-président, Pedro Alliana, prête serment.
Prudence : la presse parle d'une présumée corruption, mais aucune condamnation n'a été prononcée à cette heure. Il faut bien distinguer deux choses. La destitution est une procédure politique, devant le Sénat. La condamnation pénale, c'est un tribunal qui la prononce. Et jusqu'à une décision de justice, il reste présumé innocent.
L'Histoire connaît d'autres destitutions en Amérique du Sud. En deux mille douze, le Congrès du Paraguay avait destitué Fernando Lugo en moins de deux jours. En deux mille seize, le Sénat brésilien destituait Dilma Rousseff. Ce qui change ici, c'est le déclencheur : une crise financière. Quand l'argent des gens est bloqué, la confiance dans l'État s'effondre très vite. C'est de la redevabilité : ceux qui gouvernent doivent rendre des comptes.
Cinquième événement : le pape Léon Quatorze. Il est parti en Uruguay, puis il sera en Argentine dès dimanche. Selon La Croix et El País, son message de justice sociale est lu comme un contrepoint aux dirigeants américain et argentin. C'est une lecture de la presse, pas une déclaration du pape.
Ce qui est intéressant, c'est son pouvoir. Le pape est chef religieux de plus d'un milliard de catholiques, et chef d'un tout petit État, le Vatican. Il n'a ni armée, ni sanctions économiques. Son influence, c'est de l'autorité morale : c'est ce qu'on appelle le soft power, la capacité d'influencer en séduisant et en convainquant, pas en contraignant. Thème cinq, les relations entre États et religions.
Alors, le fil rouge de la semaine ? Dans les cinq cas, ce n'est pas la même question que d'habitude. On ne demande pas « qui annonce ? » mais « qu'est-ce qui peut le contraindre ? ».
L'urne a sanctionné Trump, sans qu'il soit candidat. La rue a obtenu une négociation en France. Le Sénat a fait tomber un président au Paraguay. La négociation freine, pour l'instant, la guerre en Iran. Et le pape pèse avec son autorité morale. Cinq contre-pouvoirs différents.
Un contre-pouvoir, c'est tout ce qui limite un pouvoir : des élections, une opposition, une presse libre, des syndicats, un juge. Et on voit aussi comment un pouvoir réagit : à Washington, Trump durcit son entourage ; à Paris, le gouvernement ouvre une discussion ; à Asunción, la capitale du Paraguay, un président tombe.
Faisons le point sur les notions, thème par thème. Thème un : gouvernement divisé, contre-pouvoir, démocratie sociale, coup de pouce au SMIC, destitution et redevabilité. Thème deux : la médiation, et la différence entre menace et décision. Thème quatre : une projection n'est pas un résultat, et un chiffre se lit toujours avec son auteur. Thème cinq : le soft power du Saint-Siège.
Un petit retour en arrière, pour la répétition. Il y a trois semaines, on parlait du répertoire d'action collective. C'est l'ensemble des moyens qu'un groupe sans pouvoir officiel juge possibles : manifester, faire grève, bloquer, signer une pétition. Cette semaine, la grève et les blocages de lycées en sont des exemples.
Et la légitimité, selon le sociologue Max Weber : un pouvoir est légitime quand il est accepté comme juste, pas seulement quand il est fort. Les élections américaines et la destitution au Paraguay posent toutes deux cette question.
À surveiller la semaine prochaine : dimanche, le pape en Argentine. Lundi neuf novembre, la conférence sociale à Matignon, avec la question du SMIC. Mardi, des pourparlers à Abou Dhabi sur l'Ukraine, entre Ukrainiens, Russes et Américains, d'après le Kyiv Independent. Et à Washington, Stephen Miller prend ses fonctions lundi.
Place au quiz de la semaine. Question un : qu'est-ce qu'un gouvernement divisé, et quel pouvoir garde le Congrès face au président ? Question deux : pourquoi une projection n'est-elle pas un résultat officiel ? Question trois : quelle différence entre le SMIC automatique et un coup de pouce ?
Question quatre : comment expliquer deux chiffres de manifestants, cinq cent soixante-quinze mille et un million six cent mille, sans dire que l'un est faux ? Question cinq : à quoi sert une conférence sociale, et peut-elle voter une loi ? Question six : quelle différence entre une destitution et une condamnation pénale ?
Question sept : pourquoi l'essence peut-elle coûter plus cher en France, même quand on n'achète presque rien via Ormuz ? Question huit : pourquoi la différence entre menace et décision compte-t-elle ? Question neuf : en quoi le pape exerce-t-il du soft power ? Et question dix, pour la révision : cite deux moyens d'action d'un groupe sans pouvoir officiel.
Les réponses arrivent ce soir. Note-les sur un papier, puis compare. Souviens-toi : devant une actualité, demande-toi toujours « par quel mécanisme ? », « selon qui ? » et « qu'est-ce qui peut le contraindre ? ».
Jade, et toi qui écoutes, réfléchis-y. À ce soir.